Florence Pazzottu

  • Florence Pazzottu emprunte au rugby le cadrage-débordement et ses trois temps, face à face, feinte et échappée, pour proposer, dans une traversée réjouissante des formes et des genres, une véritable aventure poétique, dans un sens que ce livre contribue à renouveler. S'ouvrant sur un éloge du ratage et du dévoiement dans lequel mythes et faits d'Histoire voisinent et fusionnent avec les expériences les plus contemporaines, triviales parfois, J'aime le mot homme et sa distance joue sans cesse, entre vers et prose, entre jaillissement et précision de la pensée, récit serré et saut risqué, autobiographie et adaptation de contes japonais du Xe siècle (avec invention de poèmes-sms), et surprend autant par son accueil de l'imprévisible (dont Florence Pazzottu fait une discipline) que par la précision et l'exigence de sa composition. Une puissante sensation de liberté accompagne de part en part la lecture de ce livre.

  • LE LIVRE # Hymne à l'Europe universelle (sic) est une chronique poétique, où il est question du racisme ordinaire envers les Rroms. Des petites remarques insidieuses entendues au hasard de la rue, jusqu'aux décisions de nos élus, Florence Pazzottu recense toutes les étapes participant de la fabrication d'une mythologie raciste les persécutant.
    Mais les RomsManouches Tziganes / - qui ne sont pas tous d'exotiques / nomades étrangers venus d'une Inde /mythique -,mais lesManouches Roms / Tsiganes - qui n'ont pour point commun / que le regard malade qu'une Europe malade, dissociée, porte sur eux -, /mais les Tziganes RomsManouches ne sont pas / à intégrer ils sont des parties du corps / de l'Europe que soudain elle rejette / ne veut plus reconnaître les ayant transformés / au XXe siècle par statut d'exception / en errants apatrides.
    EXTRAIT DE LA POSTFACE DE FLORENCE PAZZOTU > Écrire en poète, c'est étreindre le corps obscur de la langue et viser la plus grande clarté. C'est tisser une forme-pensée, une prose offerte à la trouée du vers, sans rien éluder des multiples expériences du vivre.
    C'est s'éprouver toujours inconnu, intimement étranger à soi-même et étrangement lié à l'autre - et faire l'expérience que le dire qui nous fonde est toujours une adresse à autrui (à je ne sais qui).
    C'est nouer ensemble des strates de pensée ou de perception de réalités hétérogènes (rugueuses, rétives ou éruptives), - et déployer un dire qui témoigne d'unmonde en l'inventant toujours autre - en avant de lui-même et à flanc d'impossible : car le récit, s'il est poème, ne colle pas à ce qui est, n'est ni conforme ni adéquat, ne restitue pas, mais performe, - invente et ouvre le possible à venir.
    [.] C'est autour dumot Rromque se cristallise aujourd'hui le plus fortement cet enjeu.

  • On pourrait croire ce récit inscrit dans la lignée des tragédies grecques : une unité de temps (une fin d'après-midi), une unité de lieu (une terrasse donnant sur la mer où sont réunies trois femmes ; une quatrième, Sara, étant hors champ), la « cité phocéenne » (Marseille) très présente, et, liés en un seul drame, l'amour et la politique butant sur une énigme dont Oreste, l'absent, est le centre. Cependant, changements de rythme et tresse narrative donnent une facture très contemporaine à un texte continûment tendu, lancé à contre-désastre, attentif à la fois à ne pas éluder le réel de la perte ni celui de « l'état du monde » mais aussi, et surtout, à ne pas céder sur son désir.

    «Ainsi, le texte va, vient, saute, reprend et ne cesse de déborder le récit qui trame sous lui son avenir, écrit Bernard Noël. Les coïncidences qui ponctuent ce monde immense y introduisent régu lièrement des élans, une sensualité, qui troublent une lecture que l'on voudrait raisonnable. Mais ne vaut-il pas mieux que le désir de lire soit soutenu par un appétit plutôt que par la raison ?»

  • ... alors vous entendez, ça gronde, ça bombe le torse, ça tape du poing et ça sanctionne, les voyageurs sans billets, les profiteurs du rsa, les resquilleurs, les agités, agitateurs, les militants incontrôlables ça dit, ça fait des listes, les délinquants, les activistes, les intégristes, les fraîchement radicalisés, des djihadisés plus ou moins, et s'il y en a un, même un seul, qui, terroriste, l'est ou pourrait l'être, ça justifie toutes les écoutes ça dit, la mise en fiche de tous les autres, car c'est au nom de la Liberté qu'on conditionne les libertés, c'est pas pareil, après la flexisécurité voici la sûreté libérale, ça promet, ça promet des flingues aux vigiles, exit le privilège d'État, et tant pis si ça ouvre la porte aux polices privées, auxmilices, ça nettoie, ça intensifie, ça hisse au rang de paradigme la lutte contre le terrorisme, toute la société scrutée, surveillée, mutique par solidarité...
    Cette harangue poétique, écrite d'un souffle le 8mars 2016, participe au présent aux mouvements de colère pré-insurrectionnels (manifestations des jeunes, «Nuit debout» - La nuit n'a pas de bout, nous sommes l'aurore, lit-on sur une pancarte brandie lors d'une manifestation -, convergence des luttes ici et ailleurs...) nés de l'après 31 mars.
    Une longue postface de Bernard Noël prend élan de ce texte pour continuer et développer les raisons de la colère, et porter son soutien à toutes les formes de paroles libérées et de révoltes qui s'insurgent contre cette civilisation mortifère et répressive.

  • Ce texte énigmatique de Florence Pazottu est à lire à la fois comme une genèse et une poétique. Genèse, car s'il tranche, a des allures de récit des origines et semble nous raconter la naissance de la poésie à la manière des chamanes d'Amazonie. Mais s'il tranche, est aussi une poétique où s'énonce sans faux-fuyants ce que Florence Pazzottu considère comme tel : « poésie n'est pas d'un moi n'est pas d'un qui se sait ni d'un absent...».

  • Les poèmes (vers et petites proses) de la place du sujet sont des compositions d'après nature. Ils sont nés de la rencontre d'un lieu, et sont comme les empreintes, en moi sans doute d'abord laissées, mais ensuite recomposées, en poèmes, et donc à autrui adressées, par le surgissement d'une silhouette ou d'un événement... C'est presque nécessairement que s'y posa la question de la place du sujet, tant il vrai que plus s'éprouvaient la tension d'une distance, la nécessité d'une objectivation afin d'approcher poétiquement un fragment du réel, telle figure ou telle scène, plus l'empathie s'y révélait également agissante. Dans un même mouvement toutefois (d'une façon presque cubique) cette question présentait sa face grammaticale, car ces poèmes ne sont pas des tableaux "peints sur le motif", et le plus "descriptif" d'entre eux fut encore bien sûr, et avant tout, un imprévisible événement de langage.
    Contrairement à ce que pourraient laisser croire les lignes qui précèdent et la citation de Georges Braque qui ouvre ces Carnets du Panier, ce n'est pas aux peintres mais à l'incroyable liberté d'expression offerte par les poètes du siècle dernier que je pensais en poursuivant l'écriture de ces textes; et tout en saluant d'un timide clin d'oeil les ardoises de Reverdy, je songeais à l'espace ouvert par les poèmes en prose de Baudelaire, - même si rien bien sûr ne rapproche du Spleen de Paris ces petits poèmes provinciaux, nés de l'énigmatique cristallisation de tendresse et de violence, très humaine, du plus vieux quartier de Marseille.
    Les photographies de Giney Ayme qui accompagnent ces poèmes tentent avec eux un dialogue que nous avons voulu à la fois simple et singulier, dialogue à la fois de sens et de forme, le plus libre possible (donc travaillé), piégé ni dans l'illustration ni dans le contre-pied. Si elles disent elles aussi, avec les moyens propres bien sûr à l'art photographique, quelque chose du quartier du Panier, c'est en jouant, en rendant possible le jeu, c'est-à-dire d'une manière sans doute très subjective mais sans coller à leur sujet.
    Florence Pazzottu

  • Alvie a été écrit à la demande de la metteure en scène Rachel Dufour et de la compagnie Les guêpes rouges-théâtre de Clermont-Ferrand, pour Stand Up/rester debout et parler. Il est le fruit d'une expérience d'écriture en immersion qui a duré dix jours, en juin et septembre 2017, pendant les deux premiers temps de résidence de création avec l'actrice et chanteuse Alvie Bitemo : « Alvie commenc¸a le deuxie`me jour d'improvisation par quelques cris a` la guitare basse et par un «Vous devez me prendre pour une folle, non?». Je commenc¸ai moi aussi par cette phrase. Cette phrase d'Alvie. La mienne, il y a longtemps, a` l'adolescence. Prenez-moi pour une folle, je m'en fous. Et le rire qui sauve. Secoue. Cre´e le vide. Ose la perce´e du vrai - silence - dans l'affolement du sens. »

  • Petite

    Florence Pazzottu

    Ces quarante-quatre "petites", écrites en marchant, sont des cristaux d'enfance vive saisis dans la langue. Elles se pressent. S'effleurent. Font la ronde. "Petite", 44 fois le mot lance et relance la parole de Florence Pazzottu.
    "Petite", c'est un mot de passe. Le sésame du temps illimité d'une enfance moins retrouvée que maintenue et qui soudain se cristallise en 44 textes courts. Précipités d'émotions, de sensations et de pensées, transparents jusqu'à l'incandescence.

  • Alors,

    Florence Pazzottu

    Alors, onzième livre de Florence Pazzottu, poursuit un dialogue têtu entre les deux versants, les deux versions du monde : l'intérieur et l'extérieur, le silence et la parole, l'impalpable et le tangible...
    Le réel le plus immédiat - le plus inacceptable aussi - s'y confronte à l'irréversible joie, aux épiphanies témoignant que les jeux graves du langage peuvent rendre une forme de lumière à la grisaille ordinaire. D'où la manière dont les vers viennent se poser, s'éparpiller parfois sur la page, dans l'éclat d'un rire irréductible... Un livre médian : S'il tranche, se présente comme un traité de poétique ironique et cinglant.
    Dans la dernière partie la parole se trouble, les strophes se resserrent - mais c'est pour mieux dire un drame commun, malgré la solitude à laquelle il renvoie. Dans ces pages traversées, poignantes, Florence Pazzottu retrouve la tension majeure qui fonde son écriture poétique, la lumière qu'elle sait extraire de la nuit pour en montrer la blessure secrète.

  • Ce n'est pas rien de se prendre la nuit en plein dos.

  • L'accouchée

    Florence Pazzottu

    • Act mem
    • 20 Mars 2002

    Une femme raconte son arrivée à la clinique, heure par heure le " travail " qui précède l'accouchement, et l'accouchement lui-même, en décrivant l'expérience de la femme confrontée à l'univers médical d'une clinique de maternité.
    Ce texte très dense, écrit sans fioriture, est l'un des rares qui témoignent directement de l'expérience physique et psychique d'une femme (en l'occurrence écrivain à part entière) à la naissance de son enfant.


  • Florence Pazzottu anime depuis 1995 la revue Petite et collabore
    à de nombreuses publications. Elle est notamment l'auteur d'un
    récit : L'Accouchée (Comp'Act, 2002) et d'un premier recueil :
    Vers ce qui manque, dans le volume Venant d'où ? 4 poètes
    (Poésie/Flammarion, 2002).
    L'Inadéquat repose la question d'un sens qui ne serait pas inné,
    antérieur à l'écriture, mais que le poème mettrait au jour, dans
    l'élan obstiné de sa composition. À cette fin, le langage se voit ici
    soumis à un questionnement serré, à plusieurs interrogatoires
    susceptibles d'en faire jaillir la vérité cachée : attendus distordant
    la syntaxe et agrégeant les sons ; «inconférences» en prose ;
    épopées étranglées ; lancers de strophes syncopées, visuelles,
    éparpillées... Mais derrière cette rhétorique détournée -et son
    labyrinthe entêté- le poème dit aussi la chair des mots à vif, qui
    en est le seul prix : comme de la «vraie», de l'Autre vie.
    Pour plus de lumière dès ici.


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