Fabien Locher

  • De l'aube de l'époque moderne au milieu du XXe siècle, les sociétés occidentales ont débattu du changement climatique, de ses causes et de ses effets sur les équilibres écologiques, sociaux, politiques. On ne se préoccupait alors ni de CO2 ni d'effet de serre. On pensait par contre que couper les forêts et transformer la planète modifieraient les pluies, les températures, les saisons. Cette question fut posée partout où l'histoire avançait à grands pas : par les Conquistadors au Nouveau Monde, par les révolutionnaires de 1789, par les savants et les tribuns politiques du XIXe siècle, par les impérialistes européens en Asie et en Afrique jusqu'à la Seconde Guerre mondiale.
    Cette enquête magistrale raconte pour la première fois les angoisses et les espoirs de sociétés qui, soumises aux aléas du ciel, pensent et anticipent les changements climatiques. Elle montre que la transformation du climat fût au coeur de débats fondamentaux sur la colonisation, Dieu, l'Etat, la nature et le capitalisme et que de ces batailles ont émergé certains concepts-clés des politiques et des sciences environnementales contemporaines. Si, pendant un bref laps de temps, l'industrie et la science nous ont inculqué l'illusion rassurante d'un climat impassible, il nous faut, à l'heure du réchauffement global, affronter de nouveau les révoltes du ciel.

  • Ce livre traite de l'histoire des « communs » en France et dans l'Empire colonial français du XVIIe au XXIe siècle. Les « communs » sont la forme que prend, historiquement, la gestion collective des ressources et des environnements par les communautés locales :
    Pâturages et forêts, zones humides, cours d'eau, zones de pêche... Ils ont représenté, sur le long terme, un pan essentiel de la vie des sociétés et des écosystèmes, ne relevant ni de la propriété privée, ni d'une gestion par l'État. Ce modèle des « communs » est aujourd'hui promu partout pour faire face aux défis de la crise environnementale. Ce livre en propose la première analyse historique d'ampleur pour la France et ses colonies, afin éclairer d'un nouveau regard, et l'histoire de nos sociétés et leurs futurs possibles.

  • Savant et la tempete

    Fabien Locher

    L'atmosphère et le temps qu'il fait, par leurs infinies variations, semblent devoir échapper à la science et à sa volonté de compréhension et de maîtrise.
    Au xixe siècle, pourtant, des hommes relèvent le défi. une foule d'observateurs scrute le ciel et note, chaque jour, les précieuses indications du baromètre. ces fantassins de la météorologie sont astronomes, instituteurs, télégraphistes, ou notables de province. de son côté, la communauté maritime cherche à cartographier les vents qui soufflent sur les mers du globe, dans le but de rationaliser la navigation.
    D'autres étudient l'atmosphère depuis les nacelles des ballons. sous le second empire, des journalistes comme camille flammarion multiplient les ascensions et ouvrent ainsi la voie à une exploration scientifique intensive des espaces aériens. mais c'est surtout le problème de la prévision du temps qui passionne le grand public, autant qu'elle embarrasse la communauté savante "académique". ce hiatus offre un espace à des constructions scientifiques "alternatives" comme celle de l'ancien député mathieu de la drôme, qui voit dans les mouvements de la lune la clé de la prescience météorologique.
    Peu après, le directeur de l'observatoire de paris, urbain le verrier, utilise le télégraphe pour créer le premier service de prévision météorologique soutenu, en france, par la communauté savante et l'état. a partir de 1863, les bulletins de l'observatoire sont reproduits dans la presse et télégraphiés aux marins de toutes les côtes européennes. ces bribes de récits écrivent une nouvelle histoire du temps qu'il fait, dans laquelle des entités jusque là inconnues, les dépressions, parcourent l'atmosphère pour faire régner le soleil ou le mauvais temps.
    C'est ainsi que s'invente, en plein coeur du xixe siècle, la matrice de nos représentations et de nos savoirs contemporains sur l'atmosphère et le temps qu'il fait. la science y fait la démonstration de sa force de mobilisation, et de sa capacité à prendre en charge les mutations d'une société transformée par l'industrialisation, l'essor des médias, et la globalisation des échanges. elle apparaît aussi pour ce qu'elle est: une construction sociale complexe, parfois précaire et contestée, parfois victorieuse à imposer sa vision du monde.
    Ce livre est l'histoire de cette force et de cette faiblesse.

  • La propriété est centrale dans le rapport des sociétés aux environnements.
    Elle définit les usages légitimes, organise l'exploitation économique, transforme les écosystèmes. Aussi façonnet- elle la nature et les relations sociales. Ses institutions - et au premier chef, celles visant la terre, les ressources, les flux biologiques - sont de longue date au coeur des inégalités et des luttes entre individus et groupes sociaux. Ainsi du mouvement des enclosures foncières européennes, qui intronisa un nouveau type de propriété, exorbitant : la propriété privée exempte de tout lien au collectif.
    Les réflexions sur la propriété sont aujourd'hui dominées par l'économie orthodoxe, qui soutient que l'appropriation privée est optimale en termes d'efficacité productive et de conservation des ressources. Face à ce courant, un mouvement a émergé en faveur des communs - de la nature, de la connaissance et de la société -, pensés comme outils d'une transition vers plus de soutenabilité et de justice sociale. Mais, malgré son importance, ce mouvement semble limité par une absence de réflexion d'ensemble sur la constellation complexe et changeante des formes d'appropriation de la nature.
    Or depuis trois décennies, d'autres travaux ont renouvelé notre vision de l'histoire longue et conflictuelle de la propriété, saisie dans son rapport à l'environnement : ce sont ces voix que l'ouvrage voudrait faire entendre. Il comprend 12 textes inédits en français, choisis pour leur force de proposition théorique, leur capacité à déstabiliser les idées reçues, leur potentiel à informer les débats sur la crise environnementale, les communs ou les enclosures de la connaissance. Des forêts d'Indonésie aux grandes banlieues modernes, c'est notre rapport, passé et présent, à la nature et à la possession qu'il s'agit ici d'interroger.

  • L'ouvrage explore le rôle essentiel que les dynamiques socio-écologiques jouèrent dans des phénomènes historiques aussi cruciaux que le mouvement de colonisation du globe par les puissances occidentales (XVe-XXe siècle), la guerre froide, ou la révolution industrielle. L'histoire environnementale nous propose un nouveau regard sur les défis du temps présent, comme sur l'histoire longue de nos sociétés : nous nous proposons, avec ce Repères, d'en dresser un panorama synthétique et raisonné.

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