Dominique Urvoy

  • Né à Cordoue en 1126, mort à Marrakech en 1198, Averroès (Ibn Rushd) fut l'un des penseurs les plus universels du Moyen Âge musulman : tout à la fois médecin, cadi, juriste, philosophe, il s'est intéressé à l'ensemble des savoirs profanes et religieux de son temps. Ce polygraphe dont le grand oeuvre - le cycle des commentaires d'Aristote - fera découvrir la pensée du premier maître à l'Occident chrétien est aussi le témoin des bouleversements qui ébranlent alors l'Andalousie : Averroès n'a guère plus de vingt ans quand la révolution almohade fond sur le pays, emportant le fragile édifice almoravide, et il devient dès lors un homme public, habitué des cours royales. Il connaît la faveur et l'exil, mais écrit inlassablement. L'immense postérité intellectuelle d'Averroès n'a d'égale que l'ampleur des entreprises de récupération dont il a fait l'objet. Les lacunes qui grèvent cette existence mythique ont en effet favorisé la floraison des représentations partisanes : incarnation de la rationalité philosophique selon les uns, théologien éminent selon les autres, Averroès est devenu le fantoche de ses disciples et hagiographes. En faisant oeuvre biographique, Dominique Urvoy veut donner la mesure de celui qui fut, avant la lettre, un intellectuel musulman : un esprit curieux, cherchant à concilier sagesse et loi religieuse, en quête d'un statut qui restait à inventer.

  • L'Islam, contrairement à l'image de repli doctrinal qu'il donne aujourd'hui, a connu de manière précoce l'apparition d'un esprit critique. Dès l'époque classique, divers penseurs de langue arabe, musulmans, chrétiens et juifs, se sont livrés à l'analyse interne du phénomène religieux.
    Dominique Urvoy, professeur d'islamologie à l'université de Toulouse-Le-Mirail, a voulu suivre les itinéraires de ces « Pascal » d'Orient souvent rejetés comme hérétiques ou impies par les milieux orthodoxes, et trop oubliés des historiens. Sans être les précurseurs des Lumières ou les ancêtres de la libre pensée, ils sont parvenus à établir les prémisses d'une véritable anthropologie de la croyance qui surprend par son caractère inédit. La fécondité de la pensée de al-Warrâq, celle de Ibn Ishâq ou encore celle de Ibn Kammûna et de l'ensemble des auteurs étudiés dans ce livre, un temps écrasée sous les coups de l'apologétique, dessine une image du monde arabe ouvert à la liberté de l'esprit et sensible aux questions face auxquelles l'intelligence depuis toujours achoppe.

  • Un trait caractéristique de l'islam est la certitude du croyant, trait psychologique qui s'est imposé comme valeur suprême, jusqu'aux penseurs les plus rationalistes. Le Coran, fondement de la foi musulmane, intervient-il de façon particulière dans la formation de cette certitude ? À la seule lecture, verset par verset - comme le font la plupart des croyants -, de la version imposée par le pouvoir, et par suite communément admise, on peut constater que l'exposé procède par inférence sur la base de présupposés non explicités, et que l'argumentation joue souvent sur des mécanismes de psychologie sociale.

    Mais l'histoire du texte montre qu'il y a eu des variations dans sa composition, ce qui témoigne de visées pédagogiques spécifiques. En effet, les traits indiqués ci-dessus sont considérablement amplifiés dans la perception globale du texte, qui est celle des « mainteneurs de la foi ». Ce livre montre que le choix d'une certaine organisation des versets va de pair avec une volonté de faire dire à ces versets plus qu'ils ne disent isolément. S'y unissent donc les deux problématiques de l'analyse littéraire globale et de l'étude des mécanismes mentaux formateurs de la certitude psychologique du croyant. On étudie successivement les répercussions mentales des effets d'accélération (harcèlement et auto-exaspération du locuteur), des effets structurels (répétition à l'identique ou avec amplification), des procédés subliminaux (thèmes instillés subrepticement) et des projections d'une preuve d'un thème sur un autre. La plupart du temps, ces procédés d'action psychologique sont mis en oeuvre pour soutenir l'image du prophète qui constitue la seconde moitié de la Profession de foi.

  • Cet ouvrage regroupe vingt-trois études envisageant des exemples historiques d'univers religieux en confrontation, depuis le VIIIe siècle jusqu'à nos jours, et sur un territoire englobant partie du monde islamique et de l'Occident.

    Il explore la polysémie du mot, actuellement très valorisé dans le langage religieux, de « rencontre », et peut servir de soutien à l'interrogation tant sur les diverses modalités de rencontre que sur l'échelle des attitudes des acteurs qui y sont engagés.

  • L'idée que le Coran constitue un miracle, par sa perfection littéraire mais aussi parce qu'il contiendrait toutes les sciences et toute la réalité du passé et de l'avenir, est pour les musulmans un élément essentiel de leur foi, de leur théologie et de leur histoire. C'est la raison pour laquelle l'islam actuel opère un vaste mouvement apologétique du Coran, par l'édition et l'informatique, qui utilise beaucoup le thème de l'extraordinaire et du miraculeux. Ce livre interroge tous les aspects de ce mouvement, tels qu'ils se sont manifestés et qu'ils se manifestent aujourd'hui, sur les plans de la langue, de l'histoire, du dogme et de la psychologie. Une enquête prodigieuse menée par deux islamologues reconnus.

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