Claire Levy-Vroelant

  • Que valent des vies humaines ? Dans la nuit du 14 au 15 avril 2005, un hôtel meublé, géré par le Samu social, habité par des familles, la plupart originaires d'Afrique, flambait à Paris près des Galeries Lafayette. Vingt-quatre personnes, dont onze enfants, y laissent la vie. Il fallait en témoigner, ne pas laisser s'installer l'oubli.
    En avril 2010, lors d'une rencontre commémorative dans le square de la Trinité, où s'élève la stèle portant le nom et l'âge des victimes, Aomar Ikhlef, porte-parole et fondateur de l'Association des familles des victimes, et Claire Lévy-Vroelant, la sociologue des hôtels meublés, ont décidé du projet dans ses grandes lignes. L'épreuve des deuils, l'interminable marche de la justice, la solidarité, les espoirs et les combats, ne pouvaient être narrés, décrits, écrits, que par ceux-là mêmes qui les avaient vécus. Le désir de passer outre les formes canoniques de l'analyse sociologique a permis d'ouvrir un espace de parole dont ceux qui acceptaient de témoigner étaient entièrement les maîtres. Le pacte d'écriture a nécessité du temps, de la clarté et de la confiance. Enregistrés et réécrits, ces récits ont pris corps, dessinant des lignes de vie et de migration confrontées à la violence d'un système.
    Fidèle aux objectifs de départ, ce livre témoigne du désir partagé de rendre publique une expérience extrême et de donner lieu et sens à une mémoire de l'événement. Quinze hommes et femmes racontent, cheminant à travers les mots pour exprimer l'indicible. Ces témoignages sont leur oeuvre, tissée à plusieurs mains.

  • Il y a toute une gamme de " logements de passage ", où l'hébergé n'est pas chez lui, mais toujours chez un autre, que ce dernier soit un parent généreux ou contraint, un logeur, un gérant d'hôtel, une association, voire l'Etat directement. L'originalité de ce livre tient dans l'hypothèse que ce type de logement, qui existe de tout temps mais se recompose sans cesse, constitue une sorte d'envers du décor du logement ordinaire.

  • « Ce livre résulte d'un pari ambitieux : saisir les hôtels meublés parisiens comme des lieux de mémoire.
    (.) À interroger habitants et hôteliers, l'oubli et le souvenir alternent dans un présent hanté de passé et d'avenir. Mais comment la mémoire pourrait-elle prospérer dans ces lieux alimentés par l'immigration, marqués par la domination et, bientôt, défaits par la destruction ou la réaffectation à d'autres fonctions plus lucratives ? (.) Nous sommes allées y voir de plus près, assurées du soutien des penseurs de la mémoire, ses théoriciens d'abord, historiens et sociologues, ses passeurs ensuite, écrivains et muséologues (.) L'imminence de la disparition des hôtels meublés et du milieu qu'ils constituent n'a pas peu compté dans notre détermination de pousser toujours plus loin une investigation pourtant interminable au sens premier du terme.
    (.) Nous savions que l'hôtel meublé était le premier logement de l'étranger, qu'il vienne de la province voisine ou d'au-delà des frontières. Nous savions que le nombre d'établissements était passé, en trois quarts de siècle, de plus de 20 000 à moins de 800, de 230 000 chambres à un peu plus de 18 000. (.) Fortement marqué par le stigmate, l'hôtel, lieu paradoxal, est aussi objet d'idéalisation et de nostalgie.
    Toile de fond de mythes et de légendes urbaines à travers la chanson, le cinéma et la littérature, il est aussi, de par les gens qui le traversent et l'habitent, le dépositaire de vies d'ici et d'ailleurs et, par là même, profondément ancré dans l'urbanité de la capitale : des lieux de culture en d'autres termes. (.) Les histoires de migration qui y ont eu cours ont pour le moment une existence faible au sein des causes mémorielles entendues, mais elles existent dans les récits des hôteliers et des clients comme dans les textes littéraires qui s'y rapportent.
    »

  • Ce gros livre (plus de 500 p.), très documenté, est le résultat de recherches menées par Alain Faure, historien du XIXe siècle, et Claire Lévy-Vroelant, sociologue et démographe. Il raconte l'histoire méconnue d'un secteur du logement populaire à Paris : les " garnis ", maisons et hôtels meublés destinés aux salariés et aux ouvriers les plus modestes. Au XIXe siècle, l'habitat en hôtel meublé, dans des conditions le plus souvent précaires, voire sordides, répondait aux besoins de logement d'une population de migrants français ou étrangers, en majorité jeune, pauvre, masculine, à la recherche d'un emploi dans la grande ville. Malgré la politique de construction des logements sociaux (HBM des années 1930, HLM après 1945), le logement en garnis a perduré. Aujourd'hui, ce système d'habitat est en train de disparaître complètement dans Paris intra-muros, et est résiduel en banlieue. La ville n'est pas pour autant plus accueillante aux plus pauvres, à un moment où la spéculation immobilière impose sa loi. Certains drames de l'année 2005 (incendie de l'hôtel Paris-Opéra), ont de nouveau attiré l'attention sur les rares hôtels non dévolus au tourisme.
    Cette recherche rigoureuse sur 130 ans d'histoire ne peut qu'apporter des éléments de réflexions aux décideurs d'aujourd'hui de la politique du logement à Paris et dans la région parisienne.
    Cet ouvrage s'inscrit parfaitement dans la ligne éditoriale de Créaphis, qui cherche à contribuer à l'histoire et à l'histoire urbaine, politique et sociale des XIX° et XX° siècles en France et en Europe.

  • Cet ouvrage analyse les transformations du logement social dans l'Union européenne au cours des trois dernières décennies. La politique du logement offre une excellente illustration de la difficulté à définir et à promouvoir un « modèle social européen » et le constat est celui d'une « révision générale » : missions, modes de financement et gouvernance. Au-delà de la distinction désormais classique entre modèles résiduel, généraliste et universaliste, il en ressort que les évolutions récentes vont parfois à l'encontre de certaines idées reçues.

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