Christine Delory-Momberger

  • Klavdij Sluban et Christine Delory-Momberger se rencontrent et s'entretiennent sur ce qui leur tient le plus à coeur : la photographie.
    Klavdij Sluban est un photographe français d'origine slovène de réputation internationale, Christine Delory-Momberger est universitaire, essayiste, auteure de publications sur la photographie et de livres d'entretiens avec des photographes (Antoine d'Agata, Jane Evelyn Atwood). Elle est également auteure photographe.
    Dans ce livre, Klavdij Sluban raconte son parcours d'exil et formule ses positions et ses engagements par rapport à la photographie.
    Il dit qu'il photographie parce qu'il a perdu sa langue. Pris entre deux langues, deux pays, deux lieux - Paris et le village de sa famille en Slovènie -, il n'est véritablement chez lui nulle part.
    Photographe documentaire, itinérant et indépendant (il n'appartient à aucune agence), Klavdij Sluban mène une oeuvre personnelle exigeante et développe dans ses images la problématique des espaces clos et des horizons contraints. Il voyage seul à pied, en train, bus, bateau en laissant venir l'instant sans le provoquer.
    Travaillant toujours au Leica et en noir et blanc, il fait corps avec cet appareil photographique et les noirs profonds de ses images confèrent à son écriture photographique une grande intensité.
    Ses cycles de travail s'étalent sur plusieurs années et couvrent plusieurs pays ou régions du monde : les Balkans où il a partagé une partie de son voyage avec l'écrivain François Maspero - ils publient ensemble Balkans-Transit -, les bords de la Mer Noire, l'ex-Union soviétique, les côtes de la Mer Baltique, les îles Caraïbes, Jérusalem, l'Amérique latine, l'Asie avec la Chine, le Japon et l'Indonésie, les îles Kerguelen. Il photographie depuis 1995 les adolescents en prison et anime régulièrement des ateliers photographiques avec de jeunes détenus, à Fleury-Mérogis en France mais aussi en ex-Union soviétique (Russie, Ukraine, Géorgie, Moldavie, Lettonie), en Slovénie, en Serbie, en Amérique latine (Guatemala, Salvador, Pérou). Il fera venir de grands noms de la photographie dans ses ateliers : Henri Cartier-Bresson, Marc Riboud et William Klein.

  • Les images d'Antoine d'Agata sont tramées dans du politique. Il les arme de sa révolte, de sa conscience et de sa lucidité. Toujours, en creux, en saillie, en fond, en figure, le politique est là. Dans la violence aussi parce que dire ne peut se faire dans les demi-tons. C'est un cri, un soulèvement qui viennent de loin, d'abord retenus dans le silence où Antoine s'est muré pendant ses années de vie dans la rue : « Entre dix-sept et trente ans, mon existence a été essentiellement marquée par des choix absolus liés au refus de toute compromission : la rue, la zone, la défonce, l'errance ».
    La photographie a ouvert la brèche, libéré le passage à un exister qui trouverait sa forme dans « un langage qui lui permettrait d'aller jusqu'au bout de mes choix ». Ceci n'est pas sans contradictions : « Le langage pris, filmé, photographié n'est jamais un équilibre. Dès qu'on est dans la vie, les images sont de la merde, dès qu'on est trop dans la photographie, la vie passe... du coup, tout ce que je peux faire, c'est tenter en permanence d'atteindre cet impossible point où la vie et le langage qui rend compte de la vie se confrontent . » Aucune image n'existe pour elle-même, chacune d'elle vient écrire une histoire sans début ni fin. Elles arrivent, portées par un souffle qui s'épuise, une fatigue de plus en plus extrême. Mais tenues par une volonté de continuer ainsi parce que c'est le seul moyen qu'Antoine a trouvé pour affronter sa position « vis-à-vis de la nuit, vis-à-vis du monde, vis-à-vis de toutes ces rencontres, de toutes ces trajectoires ». Il dit aussi : « Je suis plus radical aujourd'hui que je ne l'étais . » Ses contradictions sont ses forces, ses fragilités sont son humanité. Toujours entier, ses avancées sont des tracés d'existence où jamais le confort d'un acte photographique ne vient altérer l'image. Dressé, lucide, sensible : « Je rappelle que quand j'ai fait mes premiers textes, je disais qu'on ne peut pas vivre et se photographier en train de vivre. Tout est impur, rien n'est pur, rien n'est vrai, rien n'est faux, on est dans une tentative...
    Le fait de baiser en faisant des photos en même temps, cela rendait l'acte sexuel plus intense, plus conscient, tu le vis, tu le sens, tu le regardes, de l'extérieur, de l'intérieur, tu multiplies les perspectives, tu multiplies les sensations, mais tout est faux, dès que tu mets une caméra, un appareil, tout est faux. Personne n'oublie qu'il y a un appareil mais de mettre l'appareil, ça force à aller plus loin... Et c'est ce qui s'est passé pour moi avec la photographie en général, de commencer à faire des photos m'a forcé à aller plus loin dans mes choix et le langage photographique m'a donné le moyen au moins d'être sensible à mes contradictions, à mes forces . » Une voie qu'Antoine n'a pas quittée. Obstinément, résolument, il s'y est tenu. Mais après des années, il y a le constat : « Mes tentatives de revendiquer ce que je fais et ce que je suis n'ont pas abouti. Mais je dois aller jusqu'au bout, titrer les conséquences de cette remise en question de la photographie, lui donner une forme cohérente, rendre compte de façon plus juste et lucide de mon appréhension du silence et du vide . » Aller plus loin encore, sans répit, continuer jusqu'à l'exhaustivité. L'excès comme art de faire, comme résistance...

  • Deux voix, deux personnes qui se rencontrent, qui s'entretiennent, qui se connaissent depuis longtemps. Jane Evelyn Atwood, photographe américaine et Christine Delory-Momberger, universitaire, auteur de nombreux entretiens avec des photographes, dont Antoine d'Agata.

    La parole est à Jane Evelyn Atwood. Elle expose, elle raconte son parcours de photographe, l'engagement politique de sa photographie, sa relation aux gens et aux lieux qu'elle photographie, sa position de femme concernée. Elle ne va jamais «à chaud» sur ses terrains, elle s'intéresse à un sujet, le questionne avec son appareil, prend le temps de rencontrer les personnes, de laisser advenir des situations. Elle ne sait jamais combien de temps durera un travail, elle ne l'arrête que lorsqu'elle a l'impression d'avoir eu une réponse à sa question de départ et cela peut prendre des années.

    Jane Evelyn Atwood parle de ses travaux où toujours il est question des exclus, de personnes en marge, de fragilité, de souffrance et sans doute aussi de destin. Arrivée des États-Unis en 1971, elle découvre pour elle la photographie et n'a eu de cesse d'y travailler. Des prostituées parisiennes de la rue des Lombards, des aveugles de Saint-Mandé, des victimes des mines antipersonnelles en Angola, des femmes emprisonnées, de Jean-Louis, premier malade du sida qui a voulu avec Jane Evelyn Atwood témoigner de sa fin de vie, de Haïti, avant et après le séisme.

    Jane Evelyn Atwood est là où il lui semble qu'elle doit être, avec acuité, sensibilité, respect et intelligence.

  • Le travail d'un chercheur s'inscrit dans un champ de connaissances qui a ses conventions, ses règles, ses références obligées. Les voies de la recherche doivent obéir à des canons, suivre des codes, émettre des signaux attendus et répertoriés. Mais il est d'autres voies, plus buissonnières ou plus souterraines, qui irriguent le travail du chercheur. Ces voies, souvent il les trouve dans quelque affinité avec des manières de faire et d'être où il éprouve le sentiment d'une plus grande congruence à soi-même.

  • Construction sociale et politique, porteur et enjeu de projets collectifs et individuels, le "territoire" est de plus en plus investi comme lieu de pratiques solidaires, par lesquelles des individus agissent ensemble pour promouvoir de façon durable leur développement commun.
    Le cadre du territoire invite à reposer la question politique autant que sociale du sujet de la Cité, en la déclinant autour de grandes thématiques comme l'insertion sociale et professionnelle, l'habitat, l'action collective, le développement durable et solidaire. A travers une large diversité d'approches disciplinaires et de niveaux de description et d'analyse, c'est à cette réflexion que veulent contribuer les auteurs de cet ouvrage, qui partagent une même position éthique et politique : les potentialités du sujet ne prennent acte et ne prennent sens que dans des " espaces communs " où les individus sont en droit et en capacité d'agir sur les modalités du vivre ensemble, autrement dit de "former la Cité".

  • La trilogie EXILS/REMINISCENCES se saisit d'une histoire familiale d'émigrations sur quatre générations.
    La France, l'Allemagne et l'Italie, tour à tour pays d'exils, se croisent et se confondent dans une série d'images mêlant passé et présent, imaginaire et réminiscences.
    Chaque image produite par la photographe est le résultat d'une fouille qu'elle opère avec son appareil photographique dans une incessante quête en photographiant et re-­-photographiant des images premières et en tentant ainsi de traverser la surface de l'image pour faire apparaître un enfoui de son histoire familiale qu'elle ne connaît pas.
    Se faisant, des visages affleurent, des silhouettes se profilent, des paysages apparaissent et de nouvelles images s'assemblent, traversée par une violence sourde, formant une histoire incertaine, hantée qu'elle fait sienne.
    Christine Delory-­-

  • En s'enfoncant dans la forêt Nouv.

    Des images, des mots, enfoncés dans les arcanes de la mémoire, à la recherche d´indices, de traces et de réminiscences de mondes perdus. Les images donnent à voir la force, la fragilité et la fugacité de ces réminiscences qui se glissent, émergent, disparaissent, tour à tour présentes dans une puissance d´évocation, vacillantes dans leur passage incertain ou enfouis dans les zones obscures de la mémoire. Les mots cherchent, guettent et affleurent, frayant ainsi un commencement d´histoire possible. La publication est composée de 28 images et de 14 textes poétiques.

  • La condition biographique désigne l'inflexion sociohistorique que l'on peut reconnaître dans la manière dont les hommes vivent leur condition en ce début de vingt et unième siècle : elle caractérise un état avancé de la modernité où les individus, pris entre les injonctions à l'autoréalisation et l'expérience de la fragmentation du monde, sont renvoyés à eux-mêmes pour trouver les ressorts de leur conduite et de leur action et pour être les agents de reproduction de la sphère sociale.
    Les essais réunis dans l'ouvrage interrogent le statut et les fonctions du récit de soi dans un contexte sociétal où la reconnaissance sociale et individuelle est rendue tributaire du pouvoir de chacun de faire récit de lui-même et de sa vie. L'ouvrage s'adresse à un public d'étudiants et de chercheurs en sciences humaines et sociales ainsi qu'à ceux - éducateurs et pédagogues, professionnels de l'insertion et de l'action sociale, personnels de soin et de santé, acteurs de l'intervention humanitaire - qui par leur métier sont confrontés aux récits que font d'elles-mêmes les personnes dont ils sont en charge.

  • La manière dont les hommes racontent l'histoire de leur vie ne peut pas être abstraite des formes sociohistoriques selon lesquelles les époques et les cultures se représentent et codifient les rapports de la collectivité et de l'individu, du public et du privé, de l'individu à lui-même.
    Le présent ouvrage invite à réinscrire les usages contemporains de l'histoire de vie dans une généalogie multiforme dont il retrace les principaux moments, depuis l'antiquité gréco-latine jusqu'aux récents développements des sciences de l'homme et de la société. les filiations de l'histoire de vie sont à rechercher autant dans les pratiques spirituelles de l'écriture de soi que dans le projet, culminant dans l'oeuvre de wilhelm dilthey, de faire de l'intelligibilité biographique le paradigme de la compréhension humaine.
    Renouant avec la longue tradition des pratiques de soi, la formation redécouvre le pouvoir heuristique du récit de la vie : c'est en faisant de sa vie une histoire que l'homme s'expérimente comme sujet et se fait l'auteur de son passé et de son avenir.

  • Issus du courant des " histoires de vie en formation ", les travaux présentés dans cet ouvrage définissent le cadre et décrivent les orientations d'un nouveau champ disciplinaire, la recherche biographique.
    La recherche biographique se donne pour objet d'explorer les formes et les significations des constructions biographiques dans la constitution et la différenciation individuelles, selon les époques, les sociétés, les cultures ; elle tente d'apporter des éléments de réponse à ce qui est la question centrale d'une théorie historique et sociologique de l'individu, à savoir la manière dont les individus deviennent des individus.
    De façon complémentaire, la recherche biographique s'interroge sur la fonction de l'activité biographique dans le processus de socialisation. Dans le domaine de l'éducation, elle analyse la manière dont l'acteur biographique intègre les épisodes spécifiques d'apprentissage et de formation et les standards biographiques dont sont porteuses les institutions éducatives dans le mouvement général de sa propre biographisation, c'est-à-dire de la forme qu'il donne à ses expériences au sein de l'espace social.
    La recherche biographique s'inscrit ainsi à la croisée d'une théorie de l'individu et d'une théorie de la socialisation, où elle traverse et recoupe de nombreux champs disciplinaires des sciences humaines : anthropologie, histoire, sociologie, mais aussi sciences de l'éducation, littérature, philosophie.

  • Le recherche biographique se donne pour projet d'explorer les configurations qui permettent l'individu de donner forme et sens son exprience dans les registres pluriels de son existence. Dans le domaine de l'ducation, elle s'attache mieux comprendre la manire dont les acteurs font signifier leurs expriences de formation et d'apprentissage, le rle que jouent les institutions ducatives et formatives dans les constructions biographiques individuelles et dans les processus de socialisation.

  • C'est à travers diverses expériences singulières du corps qu'est mise en avant la subjectivité d'un être corporel et charnel qui « éprouve » et qui « apprend » le monde, les autres et lui-même dans son corps.
    La corporéité apparaît comme une dimension essentielle des processus de construction du sujet au sein de l'espace social. Dans l'expérience que le corps fait de lui-même et du monde s'originent et s'inscrivent tous les procès de formation et d'apprentissage, formels et informels, expérientiels et intellectuels. Le corps est appris et il apprend. C'est de cette dimension originaire du corps et de ses expériences dans la formation et les apprentissages que voudrait rendre compte cet ouvrage collectif.
    Christine Delory-Momberger est professeur en sciences de l'éducation à l'université Paris 13 Sorbonne Paris Cité. Elle est directrice de la revue Le sujet dans la Cité. Revue internationale de recherche biographique et présidente du Collège international de recherche biographique (CIRBE).
     

  • A l'orée d'une crise sanitaire qui a fait basculer le monde, des histoires d'exils se rencontrent dans une geste croisant image photographique et forme théâtrale, portée par des jeunes acteurs migrants réfugiés et générant une création performante de l'ordre du soulèvement. Les deux auteurs vivent et expérimentent dans un " en-commun " artistique une insurrection créatrice qui se révèle être un vecteur de transformation de soi et de l'autre, d'attention sensible et d'action éthique et politique, où se nouent de nouvelles alliances de la photographie documentaire avec le monde, constituant de la construction d'une " démocratie sensible ".
    Utopie concrète, acte de résistance ouvrant à la mise en oeuvre d'un art citoyen et participatif, créateur d'un monde nouveau.

  • Ce livre poursuit le processus artistique dans lequel s'est engagée Christine Delory-Momberger pendant neuf années pour la réalisation de son triptyque photographique EXILS / REMINISCENCES et va ainsi plus avant dans l'histoire et le « hors-champ » de cette création. Les auteurs expérimentent et révèlent la dém: arche d'en-quête menée par la photographe sur les territoires de l'intime, sortant l'oeuvre de son aura de mystère pour en faire une affaire publique qui concerne chacun. Ils partagent cette réflexion dans un échange de regards actifs construisant l'espace nouveau d'un art citoyen et montrent en particulier comment la sphère de l'intime suscite des formes d'investigation porteuses de transformation de soi, des autres et du monde.

    Cette parution accompagne "Les états généraux de la photographie documentaire" organisées dans le cadre de la Foire Photo Doc. 24, 25, 26 avril 2020.

  • Au moment où le ministre de l'Education Nationale en appelle à l'utilisation de « la science » pour définir les pratiques éducatives les plus efficientes, il est temps de questionner la légitimité scientifique et so- ciale des sciences de l'éducation.
    Dans le domaine scientifique, elles sont remises en cause par les sciences de la nature pour leur incapaci- té à se donner un objet délimité et à produire des lois générales. Parallèlement, les acteurs sociaux leur reprochent au contraire d'être trop « théoriques », « difficilement applicables ».
    Face à ces critiques paradoxales, il est nécessaire de se poser une question simple : à quoi servent les sciences de l'éducation ? Mais les réponses sont nombreuses et complexes et les auteurs reviennent sur plusieurs axes de réflexion :
    - La frontière entre recherches et pratiques - La légitimité scientifique - Les attentes politiques et sociales - Les apports sur les autres sciences Porté par des chercheurs reconnus, cet ouvrage aborde les questions vives de cette discipline encore récente que sont les Sciences de l'éducations.

  • Avec passion, avec rage, quelquefois avec crudité, Antoine D'Agata refait son parcours d'homme et de photographe, d'homme-photographe. Il raconte les combats qu'il mène avec (contre) lui-même et avec (contre) le monde pour parvenir à exister dans l'intégrité de ses choix et de son désir. Avec Antoine D'Agata, la photographie ne se sépare pas d'une forme de présence-absence au monde : elle " fait corps " avec une quête de vivre jamais achevée. Ce livre s'adresse à tout public s'intéressant à la photographie et aux photographes, et par-delà, aux rapports que l'artiste (ou l'auteur) entretient avec son oeuvre.S

  • Ce livret est le premier d'une série de douze qui nous ouvre l'espace des traversées de A, de son parcours physique à travers ses errances, ses dérives, ses avancées tendues, ses rencontres. Ils paraîtront au fil des cinq prochaines années, dans une rythmicité soutenue. La forme, si elle peut surprendre d'abord, file le redéploiement de cette route, entamée un jour et qui ne semble avoir de fin. Il faut imaginer ce livret, apparenté au leporello, se déployant dans un jeté d'images, présence soufflée, déroulé de situations, suspensions temporelles. Il ne s'agit pas d'une chronologie, même si les images se regroupent dans des plans séquentiels, ici New York 1989-1993 : c'est à chaque fois une ambiance, une atmosphère, un climat qui sont donnés dans un brassage d'images, un mélange confrontant qui crée des tensions, décharge une force et qui appelle à entrer dans l'énergie et le désir de vie qui en émanent.
    Antoine d'Agata veut que ces dépliés d'images « prennent le mur », qu'ils ne restent pas rangés dans un rayonnage, qu'ils sortent d'une forme attendue et qu'ils s'exposent dans leur entièreté, accrochés là. Au mur, l'ensemble des livrets formera un bloc de trois mètres vingt-quatre sur deux mètres seize se constituant à mesure de la publication, chaque livret déplié venant se placer l'un en-dessous de l'autre. Mais on peut imaginer aussi mettre bout à bout ces dépliés, il y en a douze comprenant chacun vingt-quatre images, et le parcours de A s'affiche sur un peu plus de trente-huit mètres. Ce long défilé se calque sur la route qui est la sienne et scande l'existence du personnage dans ses réalités, ses mondes, ses états, il le donne à voir dans une continuité brute, authentique qui nous le rend tangible.
    Mais qui est A ? Un « double hypothétique » entré à un moment dans la vie d'Antoine, un personnage virtuel d'une fiction performée et assumée qui lui permet d'aller là où il n'irait pas lui-même. Et qu'en est-il d'Antoine, attaché à la vie de A qu'il a construite, dit-il, comme un scénario qu'il s'applique à vivre dans la seule fin d'accumuler les preuves photographiques de son existence. La fonction de A est d'agir, il lui force la main, il le pousse à aller plus loin qu'il ne le ferait seul. Existences couplées, où l'un pousse l'autre qui dicte, prescrit des protocoles d'action qui sont aussitôt déconstruits, « pervertis » (dixit Antoine d'Agata), où l'un vit dans un accomplissement de l'autre, où l'un ne peut exister sans la virtualité de l'autre. Gémellité contrainte, nécessaire, qui se joue et se rejoue dans la suite, l'enchevêtrement, le désordre, l'accumulation d'expériences extrêmes, provoquées, vécues...
    ... New York 1989-1993. Situation 1. Premiers tracés d'une existence qui s'engage dans un exister et qui s'y tient, à tout prix parce qu'« il n'y a pas d'autre issue que la vie même », dit Antoine. Mise en images d'une position qui ne fera que se préciser au fil des douze livrets.
    Alors suivre, faire route avec A et se dessiller les yeux.
    Christine Delory-Momberger A New York 1989-93 est le premier carnet-leporello d'une série de 12, qui assemblés permettront au final de réaliser une pièce de 324 x 216 cm développant le parcours de A le double d'Antoine d'Agata.

  • Ce que l'on a coutume d'entendre en France sous le terme d'approche biographique, loin de constituer un champ spécifique et unifié, recouvre dans les faits des pratiques variées dans des secteurs pluriels des sciences humaines et sociales :
    - sous le pôle des sciences sociales, l'approche biographique renvoie à l'utilisation de documents personnels et au choix d'une démarche qualitative pour explorer la réalité sociale et culturelle à partir des situations et des représentations individuelles ;
    - sous le pôle anthropologique, à des travaux qui prennent le récit biographique comme objet anthropologique et explorent les variations historiques et culturelles dans l'acte de raconter la vie ;
    - sous le pôle littéraire, à l'histoire des genres biographiques et des écritures de soi, à l'examen de leurs règles de constitution et de composition ;
    - sous le pôle linguistique, à des études qui examinent les conditions de fonctionnement pragmatique, discursif, sémiotique de la parole (auto)biographique et des écrits personnels ;
    - sous le pôle des sciences de l'éducation et de la formation, à des dispositifs, représentés en particulier dans le courant des « histoires de vie en formation », ayant vocation à éclairer des projets personnels et professionnels à partir de l'appropriation d'une « histoire » personnelle.
    Chacun de ces espaces de recherche et de pratique a sa cohérence propre, développe de façon interne ses problématiques, ses définitions, ses concepts, élabore ses méthodes et ses instruments, dans un isolement relatif par rapport aux autres secteurs et sans que la nécessité apparaisse d'interroger l'objet commun qui les fonde.
    Ce Vocabulaire est le premier ouvrage qui transcendant les disciplines et les courants, présente un bilan des notions, des démarches, des pratiques et des travaux qui constituent le fonds commun des chercheurs et des praticiens se réclamant des histoires de vie et de la recherche biographique. Rédigé par des spécialistes du domaine, il a pour ambition de donner à voir l'éventail des représentations et des problèmes, tant théoriques que méthodologiques, qui constituent l'univers de référence de ce champ.

  • La recherche biographique explore les processus de construction du sujet dans de l'espace social, à travers les configurations narratives qu'il donne à son existence et à ses expériences. Réexaminant les enjeux épistémologiques et les enjeux sociaux de ce courant de recherche, l'ouvrage illustre et documente l'évolution de la recherche biographique, de sa fondation et ses décisifs développements dans le champ de la formation des adultes à son élargissement à d'autres territoires d'investigation.

  • Cet ouvrage de synthèse entend préciser, à partir d'un ensemble de travaux théoriques et cliniques, la place de la recherche biographique et les perspectives offertes par une « clinique narrative » dans le champ des sciences humaines et sociales aujourd'hui.
    Christophe Niewiadomski est maître de conférences, habilité à diriger des recherches, en Sciences de l'éducation, université Charles de Gaulle Lille 3. Il est membre de l'Institut international de sociologie clinique (IISC) et de l'Association internationale des histoires de vie en formation et de recherche biographique en éducation. (ASIHVIF-RBE) Christophe Niewiadomski est maître de conférences habilité à diriger des recherches en sciences de l'éducation.
    Université Charles de Gaulle. Lille 3.
    Membre de l'Institut international de sociologie clinique (IISC) et de l'association Internationale des histoires de vie en formation et de recherche biographique en éducation (ASIHVIF-RBE).

  • Les processus de formation et d'apprentissage sont dans une étroite relation avec la compréhension que les individus ont de l'histoire de leur vie et du sens qu'ils donnent à leurs expériences. Réunissant des contributions brésiliennes et européennes, ce premier titre de la collection illustre le rôle central de la dimension biographique dans les processus de formation : qu'il s'agisse des formes instituées de formation ou des modes d'apprentissage informel liées aux situations de l'existence individuelle et de la vie sociale, aucun des domaines de l'expérience humaine n'échappe au travail de mise en forme de soi et du monde autour de soi. Biographie et formation renvoient l'une à l'autre comme les deux faces d'une même entreprise : celle qui fait de l'acteur biographique un continuel apprenti et formateur de soi-même. Seront intéressés tous ceux qui ont, à quelque niveau que ce soit (y compris parental), un rôle d'éducation ou de formation.

  • Ce livret est le second d'une série de douze qui nous ouvre l'espace des traversées de A, de son parcours physique à travers ses errances, ses dérives, ses avancées tendues, ses rencontres. Ils paraîtront au fil des cinq prochaines années, dans une rythmicité soutenue. Après New York, 1989/93, où Antoine d'Agata passe deux années à L'ICP N.Y avec comme professeurs Nan Goldin et Larry Clark, il reprend la route et réalise ses premières images entre le Guatemala et le Mexique.
    A.forge son destin avec opiniâtreté. Pour lui, il s'agit de forcer la main au hasard, il refuse de photographier le sourire des sansterre occupant un latifundio les armes à la main. Il voit autre chose, un drame permanent qui point par dessous. Fabrication d'un concept ? Pour A., c'est avant tout une bagarre solitaire pour reprendre le contrôle, pour se retrouver lui même. Faire de sa vie une oeuvre, peut-être.
    La forme de ces Léporellos, si elle peut surprendre d'abord, file le redéploiement de cette route, entamée un jour et qui ne semble avoir de fin. Il faut imaginer ce livret, se déployant dans un jeté d'images, présence soufflée, déroulé de situations, suspensions temporelles. Il ne s'agit pas d'une chronologie, même si les images se regroupent dans des plans séquentiels, ici dans Amérique Latine : c'est à chaque fois une ambiance, une atmosphère, un climat qui sont donnés dans un brassage d'images, un mélange confrontant qui crée des tensions, décharge une force et qui appelle à entrer dans l'énergie et le désir de vie qui en émanent.
    A sur les photographies ? Antoine sous les traits floutés de A ? La fiction de A rejoint-elle la réalité d'Antoine ? Ou la tangibilité de A permet-elle l'apesanteur d'Antoine ? Les deux figures se confondent- elles ou ne sont-elles une que pour mieux être doubles ?
    Pour doubler le regardeur, lui enlever des certitudes, le faire dériver un peu, beaucoup, l'inviter à suivre l'histoire autrement, à regarder, à voir.
    Après New York 1989-1993. Situation 1. Premiers tracés d'une existence qui s'engage dans un exister et qui s'y tient, à tout prix parce qu'« il n'y a pas d'autre issue que la vie même », dit Antoine.
    Mise en images d'une position qui ne fera que se préciser au fil des douze livrets.
    Alors suivre, faire route avec A et se dessiller les yeux.
    Christine Delory-Momberger

  • Quelles sont les conditions de possibilité et quels sont les enjeux du " récit de la vie " dans les situations de souffrance physique, psychique ou morale? Lorsqu'elles défont les ressources même du " vouloir vivre ", comment les situations de marginalité, de précarité et de souffrance peuvent-elles encore être racontées? Pour les hommes et les femmes blessés par la vie et par le monde, le récit peut-il être un lieu de résistance et de reconstruction de soi et du monde autour de soi? En interrogeant les contextes sociétaux et les dimensions tant personnelles que sociales de la parole biographique en situation parfois extrême (de la précarité au génocide, en passant par l'exil), cet ouvrage, issu d'une journée d'études, se donne pour objet d'examiner les effets de déliance et de reliance du récit entre " vivre et survivre ".

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