Céline Barrère

  • « Ce livre résulte d'un pari ambitieux : saisir les hôtels meublés parisiens comme des lieux de mémoire.
    (.) À interroger habitants et hôteliers, l'oubli et le souvenir alternent dans un présent hanté de passé et d'avenir. Mais comment la mémoire pourrait-elle prospérer dans ces lieux alimentés par l'immigration, marqués par la domination et, bientôt, défaits par la destruction ou la réaffectation à d'autres fonctions plus lucratives ? (.) Nous sommes allées y voir de plus près, assurées du soutien des penseurs de la mémoire, ses théoriciens d'abord, historiens et sociologues, ses passeurs ensuite, écrivains et muséologues (.) L'imminence de la disparition des hôtels meublés et du milieu qu'ils constituent n'a pas peu compté dans notre détermination de pousser toujours plus loin une investigation pourtant interminable au sens premier du terme.
    (.) Nous savions que l'hôtel meublé était le premier logement de l'étranger, qu'il vienne de la province voisine ou d'au-delà des frontières. Nous savions que le nombre d'établissements était passé, en trois quarts de siècle, de plus de 20 000 à moins de 800, de 230 000 chambres à un peu plus de 18 000. (.) Fortement marqué par le stigmate, l'hôtel, lieu paradoxal, est aussi objet d'idéalisation et de nostalgie.
    Toile de fond de mythes et de légendes urbaines à travers la chanson, le cinéma et la littérature, il est aussi, de par les gens qui le traversent et l'habitent, le dépositaire de vies d'ici et d'ailleurs et, par là même, profondément ancré dans l'urbanité de la capitale : des lieux de culture en d'autres termes. (.) Les histoires de migration qui y ont eu cours ont pour le moment une existence faible au sein des causes mémorielles entendues, mais elles existent dans les récits des hôteliers et des clients comme dans les textes littéraires qui s'y rapportent.
    »

  • Le lieu n'est pas mort ! Bien au contraire, il reste au coeur de l'expérience quotidienne (ou exceptionnelle) de tout un chacun. La mondialisation ne l'a en rien vidé de sa substance. En ce début de XXIe, elle le réactive et le met en mouvement. Flux, trajectoires, accélérations, massifications en sont des variables, des enjeux et des catégories d'analyses clés que cet ouvrage fait le pari d'explorer. Résolument interdisciplinaire, il choisit d'aborder les lieux au prisme des mobilités pour poser les jalons de ce que sont aujourd'hui les « lieux de mobilité ». Ce faisant, il réactualise la réflexion entreprise par les géographes anglosaxons à partir des années 1980 sur le sense of place en s'inscrivant dans celle des chercheurs français sur la question des ambiances et sur ce qui, dans un espace et une situation donnés, fait ou peut faire lieu.

    À travers sept approches différentes, il montre comment la notion de lieu - irréductible à celles d'espace ou de territoire - est prise dans une série cumulative de tensions : entre matériel et symbolique, subjectif et objectif, individuel et collectif. Il en décline la diversité des situations, des acteurs, mais aussi des politiques, stratégies et répertoires d'actions impliqués dans les processus de production des lieux.

    Fruit de plusieurs disciplines et terrains, l'originalité de l'ouvrage est de ne pas réduire la polysémie de la notion et de centrer son analyse sur les ambiguïtés qui le composent : il signifie ainsi qu'il ne peut y avoir de lieu absolu, mais uniquement des configurations inscrites dans des logiques plurielles relevant à la fois de l'ancrage, de la relation et du mouvement. Un lieu n'est pas un tableau, figé ou définitif, c'est une scène.

    Le lieu comme scène ou configuration lie la mobilité des personnes (circulation physique et trajectoire de vie) et la mobilité des lieux, qu'elle soit là aussi déplacement littéral ou transformation du « sens ». C'est ainsi le rôle du lieu dans les trajectoires de mobilité qui est ici mis en avant de manière transversale. Prend alors forme une réflexion contemporaine sur les temporalités comme nouvelle grille de lecture du croisement entre « lieu » et « mobilité ».

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