Bernard Noël

  • Engagée à contre-sens, la poésie de Bernard Noël ne cesse à sa manière de traquer le mystère de l'incarnation, et le titre Extraits du corps est à prendre dans son acception la plus concrète, la plus littérale. Car la poésie est ici vibration d'une voix blanche arrachée à la mécanique humaine qui pense, qui aime, qui souffre, qui rêve et s'acharne à faire souffle avec de la peau et des os. Elle est aussi ce lancinant défi au grand silence de Dieu : comment la chair peut-elle donc retourner au verbe ? Et comment, mot à mot, ôter une lettre à la mort ?
    Les mots de Bernard Noël sont en effet pareils à des lambeaux à vif, lambeaux de muscles et de nerfs, de sexe ou de coeur, puisque l'esprit s'en tient à cette texture vivante de la matière. Une telle écoute, une telle exploration de l'univers physique, loin d'asservir le poète à son « je », libèrent et guident vers une parole anonyme faite d'évidence, de dépouillement, de transparence. Ce qui s'écrit, ce qui se dit cherche à créer ou à révéler l'espace mental entre la vue et la visée : c'est un pari qui trouve son chant dans le champ visuel, comme si l'oeil, en plus du prisme des couleurs, possédait un prisme des sonorités, des signes et des sentiments. Alors les syllabes se découvrent neutres, lavées, rendues à la plus fragile origine.

  • Le livre de l'oubli

    Bernard Noël

    'Ces notes, écrites en 1979, sont publiées ici pour la première fois dans leur ensemble. Le mot "oubli" a surgi alors pour désigner la masse obscure dans laquelle me semblait puiser l'écriture. La mémoire n'offre que du déjà vécu, déjà su : l'oubli révèle de l'inconnu au fond de lui dissimulé. L'exercice de l'écriture, pour peu qu'il soit débarrassé d'intentions, fait surgir et s'exprimer des éclats de l'immense dépôt commun que notre langue recueille depuis toujours. Aucune parole n'est perdue mais toutes sont oubliées en attendant que nous reviennent par l'écriture des parties impersonnelles de ce que nous savons sans le savoir...'

  • La langue d'Anna

    Bernard Noël

    • P.o.l
    • 12 Février 1998

    Elle parle.
    Elle jette sa vie sur sa langue. elle a toujours voulu tout et tout de suite. elle est une comédienne célèbre. elle a beaucoup parlé avec les mots des autres. elle n'avait pas le temps de sa propre vie, mais voilà que son corps l'a rattrapée, l'a même doublée. elle met du passé dans ce présent trop mortel. elle appelle ses amis : fellini, pasolini, visconti. elle sait qu'il est trop tard. elle ne s'y résigne pas.
    Elle ne s'est jamais résignée.

  • Monologue du nous

    Bernard Noël

    Monologuer, c'est parler avec soi-même. Si l'on décale un peu le genre.
    C'est parler avec l'Autre comme s'il était soi-même. Cet exercice, qui décale la parole, révèle tout à coup qu'il permet à l'écriture de s'exprimer crument dans un face à face avec son sujet.
    Bernard Noël a poursuivi cette confrontation en passant du On au Vous, du Il au Tu, du Je au Elle, dans différents livres (par exemple, chez nous, La langue d'Anna, Le Syndrome de Gramsi, La Maladie du sens) mais il a longtemps désespéré de jeter le Nous dans ce jeu où prendre la tête des phrases, c'est risquer l'auto-destruction.
    Finalement, après bien des années dans l'impossible, le Nous a tiré derrière lui une histoire de violence et de désespoir qui est aussi une fable politique d'assez mauvais genre pour servir de fable d'actualité puisqu'il y est question de désespoir politique et de terrorisme ...

  • Francois Lunven

    Bernard Noël

    Il était vivant. Il est mort. La vie devient du passé; la mort reste perpétuellement au présent.
    Il savait que la seule durée est de ce côté là, et que l'homme, à la fin, tombe dans l'histoire. Ce mouvement - dont il ne parlait guère qu'en employant le mot «entropie» - anime toutes ses images.
    Qu'il représente la danse, le combat, le «carnaval», c'est toujours la même force qui l'intéresse :
    Celle qui décompose la vie. Mais, étant un créateur, il ne l'exprime que pour en renverser le sens :
    L'instant de la décomposition, si on le fixe, est aussi bien celui de la recomposition. L'oeuvre, de par son immobilité, est en effet le champ ambigu d'une tension réversible, tout pouvant s'y lire autant comme un avant que comme un après.
    François Lunven est mort en 1971 à la veille d'une exposition importante, il avait 29 ans. Considéré comme l'un des plus grands graveurs du XXe siècle, il a laissé une oeuvre aussi rare qu'importante.
    Les textes que Bernard Noël lui consacra sont ici rassemblés. Au-delà de l'amitié, le temps, la mort et la langue y trouvent une épaisseur commune : «quelque chose se joue durablement du côté de cette chimère où la vie s'use à imaginer la fin de l'absence. Il est vrai que tout cela n'a rien à faire ici puisqu'il s'agit de remplacer le disparu par du savoir, ou de superposer en tout cas du savoir à ce qui ne relevait autrefois que de l'intimité. Ce qui lia deux humains ne se limite pas à leur lien :
    à partir de lui se propage un peu d'universel, sinon que serait l'amitié ?»

  • « On connaît les ingrédients des récits ; je n'en refuse aucun, et voici de la conversation, de l'amour, de l'amitié, des rencontres, de la mort, des lectures..., mais tout cela est également ce qui fait la vie. M'intéresse le portrait que les uns tirent de l'autre à travers cette boîte qu'on appelle la tête. Et dans la tête m'intéressent surtout les yeux, qui sans cesse transforment le visible en pensée par une opération dans laquelle la ressemblance tient lieu de vérité. N'en va-t-il pas du vécu comme du visible ? Ils s'articulent inséparablement dans ce mensonge qui, en les disant, en les écrivant, court après la vérité - et qui les fixe en quelques instantanés très ressemblants. Il n'y a pas de suite, mais un perpétuel fondu enchaîné qui fait comme si. On rêve d'un miroir à trois faces qui permettrait de voir la vie de dos. On écrit dans ce sens, et puis, après tant de livres axés sur l'intérieur, sur l'ordre du dedans, ce 19 octobre 1977 remet le je du narrateur à sa place de simple figure optique. Du coup, tout n'est que matériau de la pensée.Toujours et malgré les innombrables leurres, la pensée assemble et permute de l'extérieur. C'est pourquoi ce livre est aussi le premier monologue extérieur. »

  • J'ai été un débutant en reflets. Il suffit d'un miroir comme matériel. Quand vous regardez l'espace du miroir, vous y percevez quelque chose de substantiel et de volumineux qui est analogue à l'espace du regard, mais qui, dans le regard, demeure ordinairement imperceptible. La profondeur du miroir est illusoire et cependant révélatrice : elle indique une épaisseur à travers laquelle il faut progresser. Si je transpose cela au regard, il se produit, une légère fêlure dans son immédiateté, et je m'aperçois qu'il ne suffit pas d'ouvrir les yeux pour voir, il. faut, en plus, regarder...
    Bernard Noël, né le 19 novembre 1930 à Aubrac dans l'Aveyron, est l'auteur d'une oeuvre impressionnante par ses dimensions, ses perspectives et influences. Il est l'auteur de plus de cinquante ouvrages depuis son premier texte en 1953 qui déjà voulait cerner la relation entre le corps, le langage et l'identité. «Que voit-on quand on voit ? Qu'est-ce qu'un regard ? Voyons-nous les choses ou bien le sens qu'elles ont pour nous ? L'espace du regard, c'est le visible, mais cet espace n'est-il pas le pendant extérieur de celui que nous qualifions de mental ? Les images du visible, en traversant nos yeux, ne deviennent-elles pas les figures de notre pensée ?» De l'ensemble de ces interrogations est forgée cette Machine à voir.

  • La poésie de Bernard Noël crie inlassablement, et au coeur du silence, l'abîme et la déréliction.
    Une conscience vive et aiguë de ce que l'on a «toujours déjà perdu». L'immémoriale mémoire, celle des origines ? Entre chaque mot, il y a aussi toute l'étendue d'une diction, celle si singulière de Bernard Noël, une lenteur qui prend son temps pour dire l'incommensurable finitude de l'existence.
    Ansi donc il est question en filigrane de la vanité de nos vies quant à sa finalité : la pourriture dans son tombeau.

  • Les plumes d'Eros

    Bernard Noël

    «[...] Ceci est donc le premier tome d'une série dont le but est de rendre compte de la diversité et de la richesse de l'oeuvre de l'un des écrivains les plus importants de notre temps. Bernard Noël est en effet un poète, mais aussi un romancier, un reporter, un polémiste, un sociologue, un historien, un critique d'art. Chaque volume, centré sur une des thématiques de l'oeuvre rendra aussi compte de cette grande diversité d'approche et de la non moins grande variété formelle des modes.
    On l'aura compris, Les Plumes d'Éros reprend les écrits érotiques de Bernard Noël, part importante, voire déterminante de son travail puisqu'elle lui a permis - les textes réunis ici s'étalent sur cinquante ans - d'expérimenter très tôt les rapports qu'entretient le corps avec la langue, avec les mots, et à quel point la phrase, la pensée, les sens forment ensemble une réalité qui dépasse chacun des éléments qui la constituent.
    Il y a dans ce volume des récits, des disputes et discussions, des poèmes, des essais, des textes aussi qui mélangent les genres et les subliment. Il y a, évidente et troublante, une écriture dont la sensualité donne à la pensée qui l'anime une présence et une épaisseur bouleversante alors même que l'humour comme la plus grande profondeur n'en sont jamais exclus.» Paul Otchakovsky-Laurens.

  • Du temps passa, comme je l'ai dit. L'énigme posée par les envois de Jean devint obsédante, faute d'autres nouvelles et aussi parce qu'elle réveillait de vieilles préoccupations. J'entrepris de relire la Bible, et à tous ceux que je rencontrais, je parlais de la Genèse. Ainsi vérifiai-je que chacun la visualise à sa façon : jetez les noms d'Adam et Ève, vous obtiendrez aussitôt un récit parfaitement représentatif de votre interlocuteur, en vérité son portrait mental.
    Le narrateur du Roman d'Adam et Ève rencontre fortuitement un photographe entraîné en Russie pour découvrir la résurrection d'un paradis que Staline aurait fait édifier comme un tableau vivant de l'idéologie communiste. Quelques signes photographiques de cette enquête lui parviennent par éclipses jusqu'au silence définitif. Le destin du narrateur va consister à essayer de comprendre cet élan vers l'inconnu. Il est alors tentant de réduire le roman à une fable savante sur les conceptions du paradis en Occident : à un univers parfait, dont l'homme est déchu, a succédé un monde aux lendemains qui chantent. Si le photographe s'est mis en marche derrière le visible, c'est le leurre de tout paradis extérieur qu'il fait découvrir au narrateur : le paradis n'est qu'en l'homme, il est donc un enfer. Son roman est le récit de cette désillusion car le monde est sans échappatoire.
    Et il convient d'assumer cette situation ou de vivre dans le semblant.

  • La maladie du sens

    Bernard Noël

    " .
    Il avait fait de moi le miroir grâce auquel il se voyait exister. il était devenu si impersonnel que j'étais la preuve de sa personne. il s'apercevait lui-même en venant vers notre lit, où il entrait en me priant de murmurer son nom. il me surprenait chaque fois par cette demande car j'avais tout naturellement pour lui des syllabes plus amoureuses. il disait : appelle-moi par le nom que tu tracerais sur une enveloppe si j'étais absent.
    ".

  • Le syndrome de Gramsci

    Bernard Noël

    • P.o.l
    • 15 Mars 1994

    Le «syndrome de Gramsci» serait la première manifestation d´un cancer de la langue dissimulé sous la dénomination anodine de «trou de mémoire». Mais un cancer implosif : «... une plaie dévorante, une plaie dans laquelle tout le langage peu à peu se précipite, une plaie blanche, qui absorbe toute la substance que d´ordinaire la langue transforme et réhabilite sans arrêt...» Ce que met en jeu ce roman, ce qu´il interroge sans répit, est au coeur même de la langue, au coeur même de la vie, à l´endroit précis mais toujours insaisissable, mouvant, où le corps, le langage, la pensée réalisent dans leur coïncidence la conscience de soi et du monde et où celle-ci, aussi bien, se défait.

  • L'outrage aux mots

    Bernard Noël

    Ce deuxième tome des oeuvres de Bernard Noël comprend ses principaux écrits politiques dispersés au gré de publications éphémères ou de livres épuisés. On y découvre une pensée proprement révolutionnaire, radicale, et qui trouve une part de ses origines dans une analyse extrêmement fouillée de l'histoire de la Commune de Paris, de l'espoir qu'elle souleva et qui semble n'être pas tout à fait retombé, même aujourd'hui. L'autre origine de la pensée politique de Bernard Noël se situe dans la langue proprement dite, dans une analyse de plus en plus fine de la violence infligée à la langue par l'emploi qu'en ont fait de tout temps ceux qui aux yeux de l'auteur ont confisqué le pouvoir à leur profit en privant le peuple de ses droits élémentaires. Plus loin encore, il y a ce que Bernard Noël appelle « la sensure », c'est à dire la privation de sens, qu'elle s'opère par le détournement du sens des mots ou par son brouillage (communication, télévision, etc.).
    Mais quand il théorise l'oppression, Bernard Noël ne cesse jamais d'être un écrivain. C'est ce qui confère à cet imposant volume où se côtoient les genres les plus divers, du poème au théâtre, du pamphlet à la fiction, son autorité, son évidence et sa beauté.

  • Sous ce beau titre, ambigu, P O L publie avec couverture rouge le troisième volume de ce qui pour n'être pas exactement les oeuvres complètes de Bernard Noël y ressemble furieusement. Sur près de 500 pages y sont regroupés des textes épars publiés ici et là, dans des revues, dans des plaquettes, ou inédits, en tout cas pour la plupart introuvables. La thématique générale est ici celle de la littérature, de la création littéraire.
    Cela passe par la critique (Rimbaud, Mallarmé, Villiers de l'Isle-Adam, Blanchot, Artaud, Sade, Michaux, etc.) mais une critique très particulière car elle ne cesse de poser cette question : qu'est-ce qu'écrire ? Cela passe aussi par des textes qui pour n'avoir pas pour objet des oeuvres ou des auteurs, pour se rapprocher plus du récit ou de la fiction, posent et reposent la même question, directement ou non.
    Comme à l'accoutumée Bernard Noël est, y compris dans ce qui peut ressembler à des essais, dans l'écriture, la création et, du corps à la politique, il y va de bien autre chose qu'une démarche simplement spéculative.

  • Un roman d'oeil est le récit du regard tourné vers le corps au travail.
    Parfois tout est en gestes, postures, déplacements ; parfois tout se passe derrière le visage. Mais ce qu'on voit n'est-il pas tout ce qu'on ne voit pas ? Il y a de la peau partout, c'est sous elle que la pensée pratique ses tatouages, devant et sur elle que nos yeux dessinent des images tandis que mot à mot, la langue y prend son plaisir...

  • Dans la série rouge, consacrée au regroupement thématique des oeuvres de Bernard Noël, ce volume reprend tous les textes que l'auteur intitule monologues. C'est-à-dire six romans où la parole est prise par un personnage, ou des personnages qui empruntent pour s'exprimer un des pronoms personnels sujets de notre conjugaison. Ainsi :
    1973, tu : Les premiers mots 1994, je : Le Syndrome de Gramsci 1994, vous : La Maladie de la chair 1998, elle : La Langue d'Anna 2001, il : La Maladie du sens 2015, nous : Monologue du nous S'il y a un défi formel (toutes les phrases commençant par le pronom personnel sujet choisi), là n'est pas le principal. On ne dit sans doute pas les mêmes choses suivant le locuteur, d'abord. Ensuite les histoires racontées, car il s'agit de romans, ne pouvaient l'être, c'est en tout cas ce qui peu à peu s'impose au lecteur, que sur le mode choisi : il y a là une étrange nécessité.
    Enfi n chaque livre s'organise autour d'un personnage précis : le peintre François Lunven, pour Les premiers mots, plus encore que Gramsci un narrateur qui est à l'évidence l'auteur lui-même pour Le Syndrome de Gramsci, Georges Bataille pour La Maladie de la chair, Anna Magnani pour La Langue d'Anna, André Masson pour La Maladie du sens et un groupe révolutionnaire pour Monologue du nous.

  • Entre la réalité et nos yeux, toujours du vocabulaire s'interpose : nous croyons voir mais ne faisons que lire. D'ailleurs le regard en lui-même n'est pas cet instrument d'information et de constat qu'il nous semble : il n'est pas qu'un aller et retour, c'est un espace, un espace sensible qui s'emplit du sentiment d'un toucher visuel. Le Journal du regard est donc un travail sur le regard, que l'auteur a commencé en 1970, la peinture y est souvent présente, la question toujours relancée est : que voit-on quand on voit? Qu'est-ce que le regard? Qu'est-ce que le visible?

  • Le roman d'un être

    Bernard Noël

    'Pourquoi pas Le Roman de Roman? Non, dit Opalka, Le Roman d'un être me paraît plus juste : c'est donc le titre retenu. De 1965 à sa mort, en 2011, Roman Opalka a peint la suite des nombres. Chaque nombre est la somme de ceux qui le précèdent, chaque instant de notre vie est la somme des précédédents. "Je fais toujours la même chose et elle est toujours différente, comme est la vie." Regarder peindre Opalka révélait l'identité de son acte et de sa vie ; l'écouter confirmait l'accord entre sa langue et sa main. Pareil engagement est unique : l'écriture tente, ici, d'entrer dans ce mouvement et même de se confondre avec lui...'

  • Ces 22 essais traquent le même ennemi, cette castration mentale dont l´auteur dénonce les ravages à travers ses vecteurs de prédilection, l´image qui aveugle plus qu´elle ne montre (la télévision, mais pas seulement), le discours (politique), voire l´art quand il se dénature.
    Bernard Noël décrit le fonctionnement de ce monde où la représentation prend de plus en plus la place de la création, où la privation de sens devient la situation ordinaire et s´exerce sans même que nous nous en apercevions. Sa caractéristique est d´ailleurs d´être imperceptible, à la différence de toutes les contraintes inventées jusque là par le pouvoir. Cette «sensure» comme il l´appelle, serait l´arme absolue de la démocratie, permettant de tromper les consciences et de vider les têtes sans troubler la passivité des victimes, pouvoir dont la seule excuse, le seul alibi est la consommation, et qui se cache derrière la fatalité économique.

  • «La Commune engendre un sens qu'elle ne contient pas tout entier - un sens qui la dépasse mais qui n'existerait pas sans elle. Tout vient peut-être de ce que la Commune est plus durable qu'elle n'a duré, de sorte que sa lumière voyage encore.» écrit Bernard Noël. (extrait de l'article «Idéologie» de son Dictionnaire). C'est pour cette raison qu'une nouvelle édition de ce livre nous a paru indispensable tant ce livre est porteur de qualités et d'actualité. Au-delà de la nécessaire rigueur des dictionnaires classiques, celui-ci est soutenu par la même exigence d'écriture qu'a l'auteur pour son oeuvre et par une variété de formes au fil des articles: des récits se juxtaposent à des portraits - de communards, mais aussi de Versaillais -; des courants de pensée nous sont présentés, ponctués par de courtes citations percutantes. Ce Dictionnaire se lit presque comme un roman si la curiosité du lecteur accepte de s'adonner à l'errance proposée par les nombreux renvois, chacun construisant sa propre mosaïque.

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