Antonio Tabucchi

  • Récits avec figures Nouv.

    Que ressent-on devant une oeuvre d'art? La partition que joue Antonio Tabucchi dans ses Récits avec figures nous fait voyager à travers ses textes inspirés, de façon apparente ou non, par des peintures, des dessins et des photographies. Entre jour et nuit, pluie, soleil et songes, ce recueil explore et célèbre le lien de toujours entre l'art et la littérature. L'auteur nous emmène à Lisbonne, en Toscane, auprès de Pessoa ou au coeur de l'oeuvre de Robert Louis Stevenson, par le biais de nouvelles, de courts textes analytiques ou de récits à la frontière entre la rêverie et l'autobiographie.

  • Pereira pretend

    Antonio Tabucchi

    « Pereira prétend qu'il y avait trois hommes habillés en civil, et qu'ils étaient armés de pistolets. Le premier qui entra était un petit maigrichon avec de fines moustaches et une barbiche couleur châtain. Police politique, dit le petit maigrichon avec l'air de celui qui commandait, nous devons perquisitionner l'appartement, nous recherchons une personne. Faites-moi voir votre carte d'identification, s'opposa Pereira. L'un des deux autres pointa son pistolet vers la bouche de Pereira et susurra : ça te suffit comme identification, gros lard ? » Lisbonne 1938. Sur fond de salazarisme portugais, de fascisme italien et de guerre civile espagnole, un journaliste portugais solitaire voit sa vie bouleversée. Devenue une oeuvre emblématique de la résistance au totalitarisme et à la censure, Pereira prétend raconte la prise de conscience d'un homme confronté à la dictature.

  • Nocturne indien

    Antonio Tabucchi

    «Ce livre, outre une insomnie, est un voyage. L'insomnie appartient à celui qui a écrit le livre, le voyage à celui qui le fit.» Antonio Tabucchi suggère que ce livre pourrait servir de guide aux amateurs de parcours incongrus. Car il y a certainement quelque chose d'insensé dans la recherche obstinée d'un ami disparu dans une Inde tour à tour inquiétante, hallucinée et fascinante, où l'on croise des devins dans l'autobus, des prostituées de Bombay ou encore des jésuites portugais. Mais de rencontres paradoxales en coïncidences mystérieuses, des chambres d'hôtel miséreuses de Bombay aux luxueux resorts de Goa, une logique singulière se révèle dans l'obscurité de la nuit indienne.
    Ce roman d'Antonio Tabucchi, prix Médicis étranger en 1987, adapté au cinéma par Alain Corneau et considéré désormais comme un «classique moderne», est présenté ici dans la nouvelle traduction de Bernard Comment.

  • Les îles d'Antonio Tabucchi sont des paysages qui glissent vers la tentation métaphysique, ses baleines bleues sont des sirènes qui évoquent un lointain appartenant à l'Être et non au Temps et à l'Espace, ses gestes de chasse et ses naufragés ont comme toile de fond les champs magnétiques et les analogies puissantes et mystérieuses des mots.
    Dans ces récits de voyages et de naufrages, de chasse à la baleine et d'histoire d'amour contrarié, on retrouve le style poétique de Tabucchi et son penchant pour le rêve et le merveilleux. Si l'on pense à Melville et à Conrad, c'est sans doute du côté du Zibaldone de Giacomo Leopardi que résonne le plus clair écho.

  • «Mais vous êtes qui?, demanda-t-il en me fixant. Celui qui est indiqué sur le billet, répondis-je, je suis Tadeus. Je ne vous connais pas, répliqua-t-il. Mais vous connaissiez Isabel, dis-je, c'est pour cela que vous me recevez dans votre appartement, le nom d'Isabel a éveillé votre curiosité. Isabel appartient au passé, répondit-il. C'est possible, dis-je, mais je suis ici pour reconstruire ce passé, je suis en train de faire un mandala.» Antonio Tabucchi avait achevé la rédaction de Pour Isabel en 1996. Il l'avait conçu comme un mandala : chaque chapitre dessine un cercle dans lequel le protagoniste Tadeus rencontre un nouveau personnage ayant connu Isabel. Cette dernière a mystérieusement disparu depuis des années, et son ami Tadeus cherche à retrouver sa trace... L'éditeur italien d'Antonio Tabucchi a qualifié l'aventure de Tadeus Slowacki d'«enquête que l'on dirait menée par un Philip Marlowe métaphysicien». Difficile de mieux résumer ce magnifique inédit du grand écrivain italien.

  • Tristano meurt

    Antonio Tabucchi

    «Une maison de campagne quelque part en Toscane. Un mois d'août caniculaire de la dernière année du XXe siècle. Tristano, un homme qui a combattu pour la liberté de son pays sous ce nom emprunté à un personnage de Leopardi, fait venir à son chevet un écrivain qui, apparemment, s'est inspiré de lui autrefois pour un roman. Mais est-il possible d'inscrire dans le cadre d'un récit la géométrie ambiguë de la vie, faite de contradictions, de doutes, d'omissions, de désirs inaccomplis, de souvenirs faux ou présumés ? Le destin personnel d'un héros comme Tristano, chargé d'espoir et de désespoir, de générosité et d'amertume, peut d'ailleurs tenir à des nuances imperceptibles : un centimètre à gauche ou à droite dans le viseur d'un fusil...
    Qu'est-ce que l'héroïsme ? Qu'est-ce que la lâcheté ? Et le courage ? Et la trahison ? Au cours de son agonie, tenaillé par la gangrène et les céphalées, en proie aux effets de la morphine qu'on lui administre, Tristano recompose un incernable passé et brosse la fresque de soixante ans d'histoire de l'Italie...
    Dans ce roman à la fois testamentaire et visionnaire, parfois halluciné, et souvent d'une inquétante drôlerie, des motifs reviennent, en variations, des femmes se superposent ou entrent en collision, et toute certitude est finalement congédiée dans une scène abyssale qui redistribue les cartes et plonge le lecteur dans une profonde interrogation sur ce qui fait une vie et sur la possiblité de la raconter. Car une question traverse tout le livre : qui témoigne pour le témoin ?» Bernard Comment.

  • «E finalmente arrivò il settembre» Et enfin septembre arriva est une nouvelle inachevée d'Antonio Tabucchi, écrite en 2011. Elle aurait sans doute été perfectionnée et surtout complétée si le destin ne s'y était pas opposé.

    Il s'agit d'un condensé des thèmes que l'auteur affectionnait, texte sur l'engagement politique, l'absurdité de la guerre, sur la connaissance, la langue et aussi sur le Portugal. Il est aussi riche d'une émotion et d'une tension urgentes.

    « L'épisode qui inspira Antonio Tabucchi lui a été raconté par une amie, Helena Abreu, qui l'avait vécu personnellement alors qu'elle fréquentait la faculté de Lettres de Lisbonne et qu'elle participait aux « excursions dialectales », organisées à la fin des années 60 par le grand professeur de linguistique portugaise Luís-Filipe Lindley Cintra, le professeur de cette nouvelle. Les faits dont il est question ont eu lieu à Trás-os-Montes, dans un village près de Chaves.

    À cette occasion, alors que le groupe dirigé par le professeur interviewait près de la sacristie une vieille femme (il semblerait que le professeur était embêté, car on leur avait présenté des vieilles édentées, ce qui pouvait interférer dans la prononciation véritable des termes choisis pour le test de linguistique), on commence à entendre des cris terribles dans le village - des cris de femmes désespérées, aigus, presque inhumains, un coeur de tragédie grecque, des cris qui marquaient comme du fer chauffé à blanc. Rapidement on sut que la cause était l'arrivée d'un télégramme annonçant le décès sur le terrain de guerre en en Afrique d'un jeune du village. Parmi les membres du groupe de Lisbonne certains restèrent comme pétrifiés, d'autres effondrés en larmes. Cela avait été une des expériences les plus fortes de leur vie. La vieille était la grand-mère du jeune homme mort et, malgré la nouvelle, elle continua d'ânnoner des mots au magnétophone. »

  • Cela se passe à Porto.
    Un vieux gitan, Manolo, fait une macabre découverte : un corps décapité. Où est passée la tête de la victime ? Qui l'a assassinée ? Qui avait intérêt à empêcher l'identification du cadavre ? Un journal populaire de Lisbonne va dépêcher un enquêteur sur place, le jeune Firmino, étudiant en lettres. Commence alors une sorte de faux polar à portée métaphysique, notamment sous l'impulsion de l'avocat Don Fernando, dit Loton, un homme cultivé, bizarre, excentrique même, d'esprit à la fois anarchiste et aristocratique.
    L'avocat pointe les énigmes, amorce des hypothèses, développe ses théories de la justice et son obsession de la Norme juridique. Et Firmino poursuit son enquête, qui finit par impliquer la police. Un roman surprenant, une réflexion aiguë sur les abus de pouvoir, sur l'illégalité, sur la xénophobie qui revient. Bref, les infamies de l'Europe contemporaine.

  • Piazza d'italia

    Antonio Tabucchi

    Un siècle d'histoire, vue du côté des perdants, à travers le prisme d'une famille de libertaires toscans. De l'épopée garibaldienne au fascisme, à la Seconde Guerre mondiale, à l'après-guerre, plusieurs générations se succèdent et assistent aux luttes de pouvoir et aux volontés de domination. Les noms se ressemblent, les destins se répètent.
    Une grande fresque, par touches, par fragments, où l'on trouve déjà les thèmes chers à Tabucchi, le double, les boucles du temps, l'envers, les malentendus. Un roman plein d'humour et de mélancolie.

  • Requiem

    Antonio Tabucchi

    Dans une maison de campagne de l'Alentejo, un homme assoupi sous un arbre est gagné par une longue hallucination qui va le transporter à Lisbonne et ses environs pendant douze heures, de midi à minuit. C'est un dimanche torride, le dernier de juillet. Dès lors, les personnages du présent croisent les fantômes du passé, les morts et les vivants dialoguent entre eux, le rêve et la réalité se confondent, dans une longue errance à travers Lisbonne qui tient autant du hasard que de la nécessité, jusqu'au repas nocturne dans un restaurant postmoderne avec un Commandeur qui pourrait bien être Fernando Pessoa.
    Écrit en portugais, Requiem est un roman de la nostalgie, du remords : on y boit et on y mange beaucoup, on y a peur et on y rit, dans une fantaisie portée par une splendide liberté de ton et qui est aussi un magnifique hommage à la littérature et à une ville, Lisbonne.

  • « Hypocondries, insomnies, impatiences et tourments sont les muses boiteuses de ces brèves pages. J'aurais voulu les intituler Extravagances, non tant en raison de leur caractère, mais parce que nombre d'entre elles me paraissent vaguer dans un curieux extérieur qui leur est propre et qui ne possède pas d'intérieur, comme des éclats à la dérive ayant survécu à un tout qui n'a jamais existé ».
    On retrouve dans ce recueil de courtes nouvelles, dans ces fragments de prose inspirée, un « bruit de fond » qui traverse comme un vaisseau toute l'oeuvre d'Antonio Tabucchi : la sensation de naviguer dans un espace intime, confidentiel, dont la géométrie demeure inconnue. Entre mythe et histoire, anges et monstres, le temps perd sa consistance linéaire, le souvenir et le rêve se confondent, la présence et l'absence abandonnent les personnages à leur évanescence, et la vie se réinvente sans cesse, à l'abri de toute réalité.

  • «La jeune femme le regarda, suppliante. "Oh, Eddie!" s'exclama-t-elle d'un ton déchirant en lui offrant sa bouche.
    Il lui enserra la taille avec un bras, l'obligeant à se courber légèrement en arrière. En la fixant dans les yeux, il approcha lentement sa bouche de la sienne et l'embrassa avec passion. Ce fut un baiser long et intense, on entendit un murmure d'approbation et quelqu'un siffla.
    "Stop!", cria le clapman. "Fin de scène!"» Quelques Petites équivoques sans importance pour découvrir l'un des plus grands écrivains italiens contemporains.

  • Le temps vieillit vite

    Antonio Tabucchi

    « Pense aux bouteilles en plastique, celles d'eau minérale, la bouteille a un sens tant qu'elle est pleine d'eau, mais quand tu l'as bue tu peux la ratatiner sur elle-même et puis tu la jettes, voilà ce qui m'est arrivé, le temps s'est pour moi ratatiné, un peu aussi les vertèbres, si je puis le dire comme ça. » En neuf récits, Antonio Tabucchi sonde les mémoires de ses personnages confrontés au travail du temps. Celui qui ressurgit soudain dans les plis du présent, et qui nous fait prendre conscience de nos ambiguïtés et de nos contradictions. Un ancien agent secret, jadis chargé de surveiller Bertolt Brecht, déambule dans Berlin, désormais sans objectif, en pensant à la femme aimée et disparue. Un ex-officier malade en vacances au bord de la mer parle des mésententes existentielles avec une petite fille singulière tout en lui apprenant à lire l'avenir dans les nuages. Une vieille femme à l'hôpital tente de léguer au neveu qu'elle a élevé des souvenirs d'avant le début de la mémoire .
    Sensible aux récents bouleversements de l'Histoire, l'écrivain italien inscrit ces nouvelles dans l'espace-temps d'un Occident aux prises avec le décalage des temps, comme si les aiguilles de l'horloge de notre conscience indiquaient une autre heure que celle de la réalité.

  • Rêves de rêves

    Antonio Tabucchi

    " Le désir m'a souvent gagné de connaître les rêves des artistes que j'ai aimés. " En utilisant l'écriture comme messagère de l'impossible, Antonio Tabucchi se met à la place des écrivains ou peintres ou musiciens qu'il admire et nous livre successivement les rêves d'Ovide, Apulée, Cecco Angiolieri, Villon, Rabelais, Caravage, Goya, Coleridge, Leopardi, Collodi, Stevenson, Rimbaud, Tchekhov, Debussy, Toulouse-Lautrec, Pessoa, Maïakovski, Garda Lorca et finalement Freud. Chaque rêve est ainsi un hommage aux artistes évoqués, mais aussi une clé d'interprétation et une métaphore pour comprendre le signe du destin qu'il y a dans leur vie.

  • « Une Toscane secrète et ensorcelée, une gare de la Riviera, une Lisbonne baudelairienne, un rallye automobile d'époque, un implacable persécuteur à l'air distingué dans un train de Bombay à Madras, la veuve d'un grand écrivain, la soeur d'un autre écrivain à l'agonie, un gardien de prison qui part à la retraite. Ces récits ont l'apparence, à première lecture, de petits morceaux de vie, de carrefours existentiels, de portraits de voyageurs ironiques et désespérés. Mais un trouble s'installe. Et les histoires de Tabucchi se transforment en une réflexion sur le hasard et les choix, comme une tentative d'observer les interstices qui traversent le tissu des destins. Une inquiétude métaphysique flotte chez ces personnages excentriques ou banals, dans ces vies ratées ou brisées. On ne cherche pas tant des réponses qu'un message, un signal, une apparition. Tout n'est pas dit. Il faut lire entre les lignes, entre les pages. Le sens bifurque. Cela commence par de petites équivoques sans importance qui aboutissent à de grandes équivoques sans solution. »
    Bernard Comment.

  • La malle, c'est celle qui fut ouverte en 1968, 33 ans après la mort de Fernando Pessoa, et dans laquelle on découvrit plusieurs milliers de manuscrits signés de différents pseudonymes qu'il appelle ses « hétéronymes ».
    Amateur éclairé de la littérature portugaise et surtout de l'oeuvre de Fernando Pessoa dont il fut aussi le traducteur, Antonio Tabucchi déballe avec tendresse et curiosité les nombreux manuscrits laissés par Fernando Pessoa et signés par la foule de ses hétéronymes. Il porte un regard sur l'oeuvre, interroge l'écriture de celui qui fut sans doute le poète le plus mystérieux du XXe siècle. Pointu, vivant, cet essai fera le régal des amoureux de Pessoa.

  • Deux hommes dans une grande pièce. L'un joue de l'orgue de Barbarie. L'autre, qui ressemble à Fernando Pessoa, annonce qu'il interprète bel et bien Pessoa et qu'il veut téléphoner au dramaturge Luigi Pirandello, car il n'a pas réussi à le rencontrer lors du séjour de celui-ci à Lisbonne en 1931, un dialogue manqué.
    Une chambre d'hôpital, dans laquelle un homme se faufile, prétextant être le frère du grand blessé qui vient de mourir, encore allongé sur le lit. Durant cette veillée, l'homme dialogue avec sa conscience, invective le mort, rappelle des souvenirs de famille et se penche sur le temps, ce temps qui passe trop vite. Un autre dialogue manqué.
    Un studio de la BBC, à Londres, dans les années trente, et une émission en forme de conversation, qui évoque Guglielmo Marconi, l'inventeur de la télégraphie sans fil, avec un historien, un anarchiste italien aux prises avec le fascisme, et le grand écrivain anglais George Orwell, racontant moins ce qui est advenu que ce qui adviendra.
    Avec l'érudition joyeuse et la délicate pointe de mélancolie qu'on lui connaît, Antonio Tabucchi nous livre trois pièces courtes, les deux premières écrites pour la scène et la troisième pour la radio, qui rappellent combien l'auteur de Pereira prétend est à l'aise dans tous les registres et toutes les formes que prend la littérature.

  • Une ville au bord de la mer qui fait penser à Gênes, une obscure affaire de meurtre avec un cadavre anonyme, et un homme qui de sa propre initiative décide d'en découvrir l'identité. Mais Spino, l'employé de la morgue devenu détective, ne s'en tient pas aux apparences, il s'attache à d'autres signes ou indices d'un mystère qui échappe sans cesse. Des hypothèses se forment, on devine certaines activités clandestines, peut-être liées au terrorisme, ou à autre chose. L'enquête progresse, elle devrait atteindre son objectif, mais celui-ci, tel le fil de l'horizon, semble toujours s'éloigner dès qu'on s'en approche. Comme un rendez-vous manqué. Comme un rendez-vous avec soi-même. «Tout n'est que ténèbres, il faut avancer à tâtons», dit Spino. Reste la capacité à rire de tout cela.
    Cet inoubliable roman faussement policier se construit comme une énigme qui est aussi une interrogation sur le sens des choses, sur le sens d'une vie.

    Trad. de avec la collaboration de Bernard Comment et de l'auteur. Traduction révisée.

  • L'ange noir

    Antonio Tabucchi

    « Les anges sont des êtres fatigants, surtout ceux de la race dont il est question dans ce livre. Ils n'ont pas des plumes caressantes, ils ont un pelage ras, qui pique.
    Suffit. Qu'ils s'en aillent comme ils sont venus. Que rien ne les justifie, que rien ne les protège, pas même une note en marge tissée de paroles de circonstance.
    Le titre de ce livre appartient à Eugenio Montale, qui avant nous s'est trouvé par hasard face à un ange aux ailes noires. C'est un titre qui se veut un hommage, mais qui est avant tout un affectueux souvenir. »
    Antonio Tabucchi.

  • « Bien que je n'aie pas encore réussi à comprendre quel est le lien qui unit la vie que nous vivons et les livres que nous écrivons, je ne peux pas nier que Le jeu de l'envers ait une résonance autobiographique. Théâtre, Paradis céleste et Voix sont au contraire des histoires qui me furent racontées par d'autres. Ce qui m'appartient, c'est la façon de les raconter, qui fait que ces récits sont ces récits-là précisément et pas d'autres. Enfin, les autres récits sont nés spontanément en moi sans aucun lien apparent avec ce que je connaissais ou avais vécu. Mais tous, les uns comme les autres, sont liés à une découverte : le fait de m'être un jour aperçu, à cause des imprévisibles événements qui régissent notre vie, que quelque chose qui était "ainsi" était pourtant autrement. Ce fut une découverte qui me troubla. À la rigueur, on pourrait dire que ce livre a été dicté par l'étonnement. Par la peur, serait-il peut-être plus juste de dire. Le respect dû à la peur m'empêche de croire que l'illusion de la domestiquer par l'écriture éteigne la conscience, enfouie au fond de l'âme, qu'à la première occasion elle mordra à nouveau, suivant ainsi sa nature. » Antonio Tabucchi.

  • Lisbona, un fatidico agosto del 1938, la solitudine, il sogno, la coscienza di vivere e di scegliere, dentro la Storia. Un grande romanzo civile. Due premi nazionali come il Viareggio-Repaci e il Campiello e il Prix Européen Jean Monnet. Ventidue traduzioni all'estero.

  • C'est à l'automne 1964 qu'Antonio Tabucchi, étudiant à Paris, découvre en traduction française une plaquette avec un poème intitulé " Bureau de Tabac ". Son auteur : Fernando Pessoa. Depuis, les écrits du grand poète portugais n'ont jamais cessé d'accompagner la vie intellectuelle de Tabucchi.
    À l'origine de ce livre, un événement qui prend place trente ans plus tard. Nous sommes à l'automne 1994 : Tabucchi est invité à faire quatre conférences aux étudiants de l'École des hautes études en sciences sociales, à Paris. Préservant le rythme vivant de ces rencontres, ce volume introduit à l'oeuvre de Pessoa.
    Si Pessoa demeure aussi célèbre que méconnu serait-ce parce que, " même s'il est là, Pessoa est toujours ailleurs ? " En lisant ses textes, en déchiffrant son univers, Tabucchi montre comment Pessoa, disant l'ordinaire de tout un chacun, explore l'intériorité de l'homme d'aujourd'hui.
    L'absurde, la mauvaise conscience, le remords, le sens du mystère de la vie, l'indicible, l'inquiétante présence de l'Autre que nous portons toujours en nous (" notre part la plus secrète "), la nostalgie du possible, tels sont quelques-uns des thèmes pessoens que Tabucchi éclaire dans ce livre.
    Ce livre a fait l'objet d'une première édition en 1998. Cette nouvelle édition, qui a été mise au point par Antonio Tabucchi (1943-2012), s'enrichit d'un chapitre inédit, " De la cardiopathie de Fernando Pessoa ".

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