Anna Rozen

  • À la différence des peureux et des valeureux, les gens heureux n'ont pas trop d'histoires, de petites alors, pour rire, des bricoles faussement graves, des pseudo-chamboulements sans conséquence. Leur en inventer tient du prodige, faire sentir que leurs vies sur coussins d'air sont néanmoins à portée de catastrophes est un art tout particulier. Prenez Germain Pourrières, le héros de Loin des querelles du monde d'Anna Rozen, son septième opuscule publié au Dilettante, romancier germanopratin old school, vendeur et populaire, toujours en passe d'un dîner chic et succulent, en permanence à portée de maîtresses suaves et piquantes, et détenteur d'un agent, Jean-François, gourmet et compréhensif. Il a bien un neveu dionysiaque et non paramétrable, en partance pour l'Inde, qui encombre la douche et dont la petite amie végane commet des sculptures atroces ; il y a certes sa soeur, Bergère, repliée loin de tout et reconvertie dans les dessous en poils de chèvre, dont l'amant potier catche des pains de glaise lors de happenings fougueux ; joignons au dossier l'ambition dérangeante d'un projet romanesque non commercial, une parabole SF narrée dans un style exigeant. Mais tout cela n'est en apparence qu'ondées suivies invariablement d'embellies. Il faudra la mort de Jean-François pour que Germain laisse s'épandre, secrètes, en lui tapies depuis toujours,"de vieilles larmes refoulées, calmes comme une saignée et qui le soulagent", une amertume débondée qu'amplifiera encore une idée soudaine et glaçante de son éditeur.
    Au fil de ce qui prend les apparences d'une fable sociale et d'un marivaudage grinçant, Anna Rozen, avec un art certain du tacle et du faux ami, excelle à faire sentir au lecteur la lente avancée des ombres et, inexorable, la pesante montée du désenchantement.

  • «Ce que j'aime, dans le sexe, c'est d'y mettre les doigts. Etre là où l'action se passe, toute moi, être le sujet, le lieu et le spectateur. Eprouver de partout à la fois, ce miracle jamais compris de l'autre qui entre où, sans lui, je n'ose pas aller.» Avec un style bien à elle et une observation minutieuse de ses contemporains, Anna Rozen parcourt des souvenirs à la fois intimes et universels : vingt-huit chapitres où sont évoqués sexualité, sensualité, drague, désirs et désillusions.
    Un regard lucide et parfois cruel sur les relations troubles qui unissent ou séparent, encore et toujours, les hommes et les femmes, soutenu par une écriture très originale où avidité et pudeur jouent à cache-cache.

  • Voilà un gros demi-siècle bien tassé qu'Anna Rozen coule des jours heureux sur cette planète qui va de mal en pis, et ce depuis la nuit des temps. D'Alger à Lorient et de Toulouse à Paris, elle a toujours pris le parti de voir le côté drôle des jours, des villes et des gens. S'intéressant au risible de toute chose il était naturel qu'un jour elle se penche sur les nuits de Valérie : une quarantenaire d'aujourd'hui, typique d'un certain style de vie facile, mais pas toujours tranquille.
    A travers quelques nuits ridicules - elles ne l'ont pas toutes été - on observera Valérie se débattant, comme ses contemporains, au pays de la mauvaise conscience et de la bonne volonté. Le hasard a placé un ado sur sa route.

  • Edmond est laid. Pire : il n'a rien pour lui. Ni curiosité charmante, ni même flagrante monstruosité. Il est celui qui regarde à défaut d'être visible. Celui qui se réfugie dans les salles obscures et devient critique de cinéma. Jusqu'au jour où son profil « atypique » intéresse une agence, qui lui promet de renaître à la lumière. Mais les spotlights de la publicité ne vous présentent pas forcément sous votre meilleur jour...

  • La bombe et moi

    Anna Rozen

    • J'ai lu
    • 10 Septembre 2011

    Lorsque Anna doit cohabiter avec son double, la Bombe, une version épanouie, encombrante et un brin nymphomane d'elle-même, ça tourne vite à la dispute. D'accord sur rien mais forcées de tout partager, l'auteur nous livre leur histoire avec un humour piquant et une sincérité sans pareille.

  • Les yeux grands ouverts depuis un demi-siècle déjà, Anna Rozen ne goûte les plaisirs comateux et oniriques de la myopie que depuis quelques années.
    Loin de se désoler de ce handicap qui, sans doute, n'est que le prélude à d'autres maux, elle en profite pour porter sur ses contemporains un regard ébahi et sur ses pages une acuité accrue (pas encore presbyte!) Soucieuse de vous faire partager cette vision fraîche, c'est avec une générosité teintée de malice qu'elle vous invite à ouvrir l'oeil sur trois nouveaux personnages.

  • Méfie-toi des fruits

    Anna Rozen

    • J'ai lu
    • 10 Novembre 2003

    «La sexualité backroom, voilà peut-être ce dont on a réellement besoin, le reste, la poésie autour, le sentiment, comment savoir si ce ne sont pas des conventions destinées à éviter que la société ne retourne au chaos ?» C'est l'histoire d'une fille qui croyait au prince charmant et qui s'aperçoit qu'ils sont plusieurs.
    Il y a l'amant insomniaque, mystérieux et obsédant ; l'ex-amant devenu confident ; le pas-amant jamais vu, avec lequel elle entretient une correspondance où elle raconte les autres ; et l'amant-mari, le plus secret de tous. L'un l'écoute, l'autre lui parle, l'un la comprend, l'autre la déroute. Tous la séduisent. Ils occupent son coeur, son corps, sa tête. Il lui reste juste assez d'oeil et d'oreille pour percevoir les autres. Les gens, tout autour.

  • La bombe & moi

    Anna Rozen

    Deux, elles sont deux : elle et l'autre, la pauvre Elle et Autre-la-terrible. Miss Anna et Sister Bomb : allantes et offertes aux poids des regards ; l'une qui endure souffrance, l'autre qui en jouit dans l'instant ; l'une qui se tend et s'offre, l'autre qui se retient, s'affole ; l'épanouie et la rétractée. Siamoises et conflictuelles, elles ne sont d'accord sur rien : l'art de draguer, la valeur du string, conclure vite ou non. Et pourtant, il faut que l'une fasse avec l'autre et surtout avec le désir, ce « chien chinois sans poil » nous souffle la Bombe, le chihuahua pathétique qui s'enrhume, tremble et trottine. Elles vont donc ainsi : soudées, partageant les rencontres, les soirées moites et les salons du livre, les élans sans suite et les occasions perdues, soeurs de chaîne et copines comme cochons. Et puis un jour, coup de gueule : tout implose. La bombe s'éclipse. L'une a-t-elle mangé l'autre ou l'autre avalé l'une ?
    Anna Rozen, face miroir, nous offre ses deux profils et nous assure d'une chose : le désir a les yeux vairons.

  • Cressida, auteure à succès, n'est plus tout à fait ce qu'elle était et préfère se perdre dans sa mémoire plutôt que de voir ce qui est en train d'advenir.
    Marthe est plus conventionnelle et se regarde vieillir aux côtés de Fernand, cramponnée dans une rassurante routine. Et puis il y a les autres. Toutes ces femmes qui s'inventent un rôle, un destin, une vie... avant la mort. Avec esprit et justesse, Anna Rozen nous décrit comment le temps se joue cruellement de ses victimes.

  • Coup de foudre.
    Premier pas.
    Insomnie.
    SMS.
    Impatience.
    Rêverie.
    Rendez-vous.
    S'embrasser.

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