Alain Gerber

  • La Nouvelle-Orléans au début du vingtième siècle. Leon et Noel sont liés par une profonde amitié : malgré leurs différences - l'un est Noir et l'autre Blanc, l'un va à l'école et l'autre non, l'un est encore plus pauvre que l'autre - leurs rêves sont communs : acheter le cornet à pistons qui trône dans la vitrine du marchand de musique et devenir musiciens de jazz. Noel reçoit l'instrument pour son anniversaire, et l'offre à Leon, qui l'apprivoise tout de suite.
    Mais Leon est accusé de vol, pense qu'il est trahi par son ami, et passe une année en maison de redressement. Il y rencontre un musicien qui croit en lui et l'instruit. Repéré plus tard par Buddy Joe, le modèle de son enfance, Leon devient le meilleur cornettiste de son temps, jouant à Chicago, puis à New York, où il triomphe avec... son ami Noel, qu'il a retrouvé.

  • Souvenirs d'une invisible

    Alain Gerber

    • Marivole
    • 13 Septembre 2018

    Il s'agit de l'histoire de Sonia, orpheline de mère et fille de Samuel Breldzerovsky, ancien sergent du tsar Nicolas II Aleksandrovitch, exilé Russe d'origine juive venu s'installer à Belfort au début du XX e  siècle. Sonia traverse le demi-siècle et ses deux guerres, en faisant les mauvais choix, persuadée pourtant qu'elle faisait les bons. On suit son parcours social chaotique, entre son amie Mathilde Grunbaum qu'elle envie, le pâle Joseph Lentz qu'elle épouse à défaut de son frère, le brillant Victor, et leurs enfants Boris et Mathilde, alias Hélène. Elle place en Boris les espoirs de réussite sociale qu'elle n'a pu réaliser. Boris entre au Conservatoire et devient violoniste, mais à une carrière de virtuose il préfère la sécurité d'un simple musicien d'orchestre.
    Une fresque familiale et sociale acide et sans concession, où sont évoqués au passage les petits métiers et les grandes ambitions déçues, dans cette ville de Belfort que l'auteur connaît bien, pour y être né.
    Dans une langue épurée et un traitement sans concession de ses personnages, Gerber a écrit là un roman que l'on pourrait qualifier de naturaliste, sur lequel plane les univers littéraires de Maupassant ou de Flaubert de L'Éducation sentimentale

  • Longueur du temps

    Alain Gerber

    Des sources d'enchantement, il y en a partout dans l'univers qu'Alain Gerber nous invite à découvrir par-dessus son épaule. Pour la bonne raison qu'il y a partout, dans chacune de ses pages, à leurs détours et dans tous les tours qu'elles nous jouent, des mots qui chantent et des chants qui empruntent, l'air de rien, les mêmes chemins que les mots.

    Après nombre d'essais et de récits, après tant de romans, « Longueur du temps » se présente comme une aventure où cet auteur ne s'était jamais risqué auparavant.
    Alain Gerber ici se raconte. Ou plutôt tous ses souvenirs se disent dans l'instant de la lecture. Qu'ils soient ceux de l'enfance ou qu'ils se situent en d'autres temps et en d'autres lieux - au Mexique ou en Grèce, à Montréal ou à Ouagadougou - ils se disent tous, lorsqu'ils s'offrent à nous, dans une sorte de « présent absolu ». L'un après l'autre, ils s'expriment comme ils viennent, comme ils se ressentent, comme ils s'inventent, se disent et se redisent sans doute : tous sont là, tous vivent intensément. Parce que leur naissance, leur élan ont lieu comme au coeur de chaque mot, dans chacune des phrases de chacun de ces textes. Ces textes dont on ne sait pas trop (et leur auteur pas plus que nous, confie-t-il volontiers) s'il faut dire qu'ils sont « de la poésie » - comme si toute littérature digne de ce nom n'aspirait pas à ce destin quelque voie qu'elle emprunte un jour !
    Alors oui, même si ces pages l'invitent à explorer des terres nouvelles, le lecteur ne sera pas dérouté s'il connaît l'oeuvre d'Alain Gerber. Celui qui aura la chance de la découvrir, pour sa part, comprendra vite ce qu'est la littérature pour cet auteur aussi rare que prolifique : une forme de musique, c'est certain.
    Une forme de jazz peut-être bien.


    Parallèlement à « Longueur du temps », Alain Gerber a publié en ce début de 2011 aux éditions Fayard, un roman baptisé "Je te verrai dans mes rêves". Il a récemment signé chez le même éditeur « Blues » (2009) et « Insensiblement Django » (2010), deux ouvrages que l'on peut qualifier de majeurs dans une oeuvre littéraire maintes fois récompensée par des prix prestigieux (Interallié, Goncourt de la nouvelle, Grand prix du Roman de la Ville de Paris pour l'ensemble de l'oeuvre dès 1984, etc.).
    Alain Gerber fut aussi le producteur d'émissions de radio consacrées aux plus grands musiciens de jazz, sur les ondes de France Musique et de France Culture, où sa voix tout aussi singulière que son écriture et sa pensée n'a pas été pour rien dans le succès du mémorable « Le Jazz est un roman ». Rappelons enfin que ce titre est également celui d'un disque pareil à nul autre, qui marie ses textes aux improvisations de quelques-unes des figures de proue du jazz contemporain (label Owl records.)

  • La malédiction est une tragédie et en même temps, dans bien des cas, elle vaut une assurance contre le désastre. Grâce à ces débuts de chapelles, à ces groupuscules sectaires qui, presque immanquablement, se forment autour des réprouvés, ceux-ci gardent le contact avec ce monde qui voudrait nier leur existence. Mais, pas plus qu'elle n'est le sûr indice de sa médiocrité, la malédiction ne garantit le génie de l'artiste. De ce fait, dans la mesure où cette flétrissure a bizarrement quelque chose de prestigieux, il paraît clair que tout un chacun ne la mérite pas. A l'exception, bien sûr de ceux qui ont l'honneur - passagers clandestins de l'exécration, simples touristes de l'exil, ou autres astucieux gérants de l'ostracisme - de figurer dans ce Petit Dictionnaire où, sous l'érudition et la précision des notices, transparaît toute l'admiration, sinon la tendresse, de Gerber pour ces héros de l'ombre de l'Histoire du Jazz.

  • Quel(s) effet(s) la musique -de jazz principalement, mais pas uniquement- produit-elle sur celle ou celui qui l'écoute, s'en imprègne, ou qui, se la remémorant, la réinvente, projetant sur elle des instants -réels ou rêvés- de vie personnelle ? Cela dépend de beaucoup de choses. Par exemple du temps qu'il fait à ce moment dans le corps, l'esprit de celle ou celui qui compose cette musique, l'interprète, l'invente à l'instant même, la diffuse, lui donne un lieu où exister. Celui ou celle qui joue, qui chante, recherche-t-il tel jour "seulement" un public et tel autre soir est-il anxieusement en quête de l'inaccessible note bleue ? Celui ou celle qui écoute entend-il "seulement" la musique ou n'est-il que la proie, à ce moment, de ses chimères, ses certitudes ou ses renoncements ? Une seule chose est certaine : personne ne sort indemne de l'exercice...
    En une cinquantaine de textes (plus un "envoi") Alain Gerber -se penchant sur nombre de jazzmen et jazzwomen, d'hier et d'aujourd'hui, "fauteurs de trouble"- s'interroge et nous questionne sur ce phénomène. Peut-être Gerber s'adresse-t-il en fait à lui même sur ce qui "fait désordre"... C'est pour cela que ce qu'il dit parle au lecteur au plus profond de lui-même. Aussi parce que chacun de ces textes -qu'il participe de l'analyse, de la critique, du récit ou de la poésie pure- est un produit jubilatoire créé par l'immense talent de l'écrivain Alain Gerber.

  • « Ces vrais résidus de poubelle du type My Funny Valentine, ces camelotes d'un autre temps écrites à l'usage des Blancs ! » : ainsi Miles Davis qualifia-t-il en 1975, un jour de colère, les standards empruntés au répertoire de la chanson populaire et de la comédie musicale, dont il avait été pendant plus de vingt ans le plus troublant des interprètes.
    Il leur devait en grande partie sa gloire et sa fortune. Il leur avait fait l'amour avec plus de ferveur, de tendresse et d'imagination qu'aucun trompettiste avant lui. Comment et pourquoi en vint-il à les agresser, et pas seulement en paroles, à les démantibuler, à leur lancer de l'acide au visage, avant de les exiler de sa musique pour très longtemps ? C'est la principale question que posent ces pages d'où se dégage peu à peu la figure fascinante d'un créateur qui, ne voyant dans l'éternité « rien d'autre que l'éphémère toujours réinventé », terrorisé à l'idée que l'air du temps pourrait souffler la flamme de son génie si son génie restait en place, n'a cessé de fuir son reflet et de fausser compagnie à son ombre (à sa lumière aussi !). Quitte à se chasser lui-même des paradis successifs auxquels il avait accédé. Au moins ne l'aura-t-il fait que pour en gagner de plus inouïs.

    « Critique à la notoriété transatlantique - a écrit Paul Benkimoun dans Le Monde - Gerber possède, comme les musiciens qui le fascinent, cette impressionnante assise technique qui lui permet de canaliser une imagination profuse. Il nous révèle les vérités secrètes du jazz, dissimulées sous notre nez, et suscite en nous le sentiment de voir énoncé ce que nous n'aurions pas su exprimer. »

  • Il aimait brûler les cigarettes par les deux bouts. Il aimait le scotch Dewars avec une ardeur juvénile, et puis rentrer chez soi de travers, au petit matin, se réveiller au milieu de l'après-midi et chercher à tâtons ses lunettes à monture d'écaille, et contempler sa gueule de bois dans le miroir de la salle de bains, avec le sentiment du devoir accompli. Il aimait à l'extrême tuer le temps avec douceur. Mourir sans impatience. Discuter à perte de vue. Parler littérature, poèmes, ballets, cinéma, comédie. Mais, par-dessus tout, il aimait les femmes. [...] Elles étaient sa fumée sans feu. Et sa musique racontait ce prodige, cette dissipation chatoyante, cette infécondité splendide.

  • Ce roman est bâti autour du personnage de la plus grande chanteuse de l'histoire de la musique afro-américaine au xxe siècle, née, selon les documents officiels, le 14 février 1915 au General Hospital de Philadelphie, et que l'on connaîtra successivement sous les noms d'Eleanor (ou Eleanora) Fagan, Gough, Fagan encore, puis Eleanor Halliday et enfin Billie Holiday.
    Comme dans Louie, Chet et Charlie, l'histoire que je raconte s'inspire d'événements réels, librement interprétés et mis en scène [.].
    La plupart des personnages que je convoque dans ce livre ont existé. En revanche, à l'exception de quelques rares phrases qui furent effectivement prononcées, l'ensemble des propos tenus ou cités par eux dans leurs monologues intérieurs est de pure fiction (ce qui ne signifie pas de pur arbitraire), comme les tempéraments et les caractères auxquels ils renvoient.
    Cette histoire commence à New York, le 19 mars 1959, quatre mois, presque jour pour jour, avant la mort de l'héroïne.
    A.G.

  • Charlie

    Alain Gerber

    • Fayard
    • 5 Janvier 2005

    C'est le roman d'une époque où la musique était le havre des déshérités, le roman d'un jazz man promis aux huées, puis touché par la grâce dans une ville ivre de blues.


    Qui se souvient que Charlie Parker brilla d'abord par ses couacs ? Que le futur Bird naquit plutôt vilain canard ? Que le fils à maman, tyrannique, paresseux et hâbleur, n'avait rien pour réussir ? Qui sait aujourd'hui quel cauchemar de médiocrité, le génial saxophoniste dut secouer pour se fuir, se trouver ? Lui, bien sûr, ne pensait qu'à rafler la timbale et finir sous les hourras.


    Mal barré, Charlie, mais quand même assez inspiré pour voir le jour à Kansas City. Les Noirs y étaient mieux reçus qu'ailleurs; le quartier des plaisirs accueillerait bientôt les aventuriers du swing, chassés des métropoles américaines par la Dépression. En 1920, il est loin le temps où Benjamin Singleton, le « Moïse noir », exhortait ses frères de couleur à quitter les plaines du Mississippi pour faire d'une « ville à vaches » leur terre promise. De tous les coins du pays, on vient faire la fête à Kay Cee. On s'y abrutit
    de musique, d'alcool et de haschich. Pendant la crise, la cité a trouvé le moyen de
    prospérer grâce au truculent Thomas Joseph Pendergast, le politicien le plus corrompu d'Amérique, et grâce au zèle des mafias qui se partagent le gâteau avec lui.


    Les années folles mordent sur les temps difficiles. Chaque nuit est une noce sans fin. C'est dans cette jubilation rebelle et générale que « l'Oiseau » prend son essor, sous l'oeil incrédule d'Addie, la mère abusive ; de Rebbeca, la fiancée coquette ; dans l'ombre de Coleman Hawkins, Lester Young, Count Basie.


    Le saxophoniste a dix-huit ans quand, bientôt couronné, il quitte sa ville pour mettre le monde à ses pieds. Il s'en va d'un côté, Gerber de l'autre, comme si le romancier, cette fois, n'avait voulu dévoiler que les années sombres, et rappeler ainsi qu' à travers Charlie Parker l'énigme de la création nous adresse son sourire le plus narquois.

  • Dans la somme des bouleversements du jazz après 1910, gigi gryce n'est à proprement parler ni un oublié, ni un inconnu.
    Pas de tout amateur conséquent, en tout cas : celui-ci sachant l'importance et l'originalité du compositeur de minority, social call et nica's tempo comme l'élégance de l'arrangeur. pas, a fortiori, des musiciens. de max roach à monk ou art l'armer en passant par clifford brown, oscar pettiford, getz, gillespie, charlie parker, ses contemporains auront, en effet, tôt repéré les qualités d'écriture et la singularité d'instrumentiste d'un saxophoniste alto et homme de partitions qui à vingt-cinq ans éprouva le besoin de parfaire ses connaissances musicales auprès de nadia boulanger et d'arthur honegger.
    Quant à ceux des générations qui lui ont succédé, ils ont continué et continuent de jouer ses compositions. tout autre qu'un petit naître, il est de ces musiciens de la pénombre dont alain gerber sait si bien, clans les plis de son attention à quelques figures "monumentales" (lester, lady day, bird, miles...), dessiner le visage de l'unique. ombré par son exigence même et son rapport difficile à la vie, gigi gryce est, les enregistrements du jazz lab quintet ou mc rat race blues l'affirmeraient, jazzman de l'essence du jazz.
    C'est à donner, clans le chant intérieur, la voix de l'intime, cette dimension et sa valeur de source que s'attache le présent livre.

  • A la libération, les GIs répandus partout dans Paris nont quune
    question à la bouche : « Where is Django ? » Son parcours de
    musicien la essentiellement mené de Pigalle à Saint-Germain-des-
    Prés, mais certains enregistrements ont permis à sa renommée de
    franchir lAtlantique. Sans doute ne manquait-il plus quune
    invitation de Duke Ellington pour le pousser à tenter sa chance au
    Nouveau Monde.
    Pourtant, Django Reinhardt na pas le profil dun "invité". Il se veut
    rien moins que lavenir du jazz. Non pas le énième célébrant de
    cette musique en perpétuel renouvellement. Il admire Duke, mais,
    au fond, ne se sent-il pas aussi grand que lui ? Ne sont-ils pas
    comme deux montagnes ? Or les montagnes ne se rencontrent
    pas.
    Laventure américaine est une telle déception que pendant un
    certain temps Django abandonne la musique pour se consacrer à la
    peinture. Mais il refuse de devenir un souvenir. Il rentre en Europe
    et reprend sa guitare.
    Insensiblement est un morceau que Django Reinhardt a enregistré
    deux fois. La première lors de son séjour aux Etats-Unis. La
    deuxième en 1953, lannée de sa mort, alors quil vit à nouveau en
    France. Plus inspirée, plus épurée, dune sublime beauté
    crépusculaire, cette seconde version est loeuvre dun musicien au
    sommet de son art. Le parcours de ce morceau est à limage de
    celui de lartiste manouche, toujours là où on ne lattend pas, même
    quand il est de retour chez lui.


  • Dans ce pays d'Amérique latine, on torture en secret, on dissimule les cadavres sous la terre, à la surface, les chiens s'entre-déchirent. Des camions chargés d'un minerai énigmatique, hérissés d'hommes en armes, foncent à travers le village. On voit partout une luxueuse automobile dont le propriétaire demeure insaisissable. Et la chaleur, véritable enfer, donne à la réalité l'apparence d'un mirage. Dans ces conditions, le pacifique Ernesto Ramos, qui a déclaré la guerre aux faux-semblants, découvrira-t-il la sépulture de son fils ? Déjouera-t-il les plans tortueux de Mendoza, le capitaine de la Sûreté militaire ? Surtout : saura-t-il réinventer pour Luisa, dame de pique ou dame de coeur, l'amour dont il croit avoir perdu le secret ? Trouvera-t-il auprès d'elle le châtiment ou le pardon de ses fautes ? Avec la lucidité regagnera-t-il, enfin, le respect de soi ?

  • Le cas coltrane

    Alain Gerber

    Comment la figure mythique de John Coltrane s'est-elle construiteoe De quelle manière le saxophoniste a-t-il vécu la présence et les travaux d'autres voix novatrices alors que sa propre langue prenait force ? Selon quelles modalités s'est-il désolidarisé des formes anciennes, quelles traces son jeu, sa pensée musicale en ont-elles conservées ? Comment ses premières ruptures, sa singularité, ont-elles été reçues par le champ spécialiste des musiciens et de la critique ? Que peut-on lire de politique dans ces écoutes ? Tels sont les points dont Alain Gerber trame son interrogation du Cas Coltrane, l'appuyant sur la période décisive que représentent, dans la vie du musicien, les séances Atlantic, enregistrées à la charnière des années soixante. La modernité jazzistique a trouvé là son modèle. Alain Gerber en fait l'archéologie.

  • Bill evans

    Alain Gerber

    • Fayard
    • 22 Août 2001

    Comment faire le portrait in jazz de Bill Evans, dont une image, devenue son emblème, a couru le monde : un homme dont les traits baignent dans l'ombre qu'il se fait à lui-même oe A travers son parcours jalonné de rencontres et de confrontations avec des partenaires à sa mesure, Alain Gerber évoque ce maître qui voyait dans le piano un accès à la musique, davantage intéressé par l'esprit qui pense jazz que par l'instrument qui joue jazz. Il aurait donné sa vie pour déchiffrer l'énigme de l'harmonie entre le logique et le viscéral. Le feeling dont il fait sa force motrice, le mène, à travers les écueils de l'émotion véhiculée par la musique, vers ce qui meut la musique elle-même.

    « Quand Alain Gerber prend sa plume et la trempe dans son coeur pour nous parler de jazz, on atteint de rares sommets de bonheur. Pas besoin de joint, le voyage commence dès la première page sans pour autant s'arrêter à la dernière, car même après avoir refermé le livre, on a bien du mal à toucher terre pour reprendre une activité vulgaire. Alain Gerber a l'art de ressusciter les musiciens disparus. Il ouvre grandes les portes du panthéon et les fait redescendre en quelques mots de leur piédestal afin qu'on puisse les serrer très fort dans nos bras. On les entend tous, de nouveau, rire, plaisanter, échanger des vannes. On peut les palper, les regarder, les sentir et surtout les réécouter jouer ! Je ne sais comment ce magicien réussit un tel miracle mais il est à peine besoin de mettre les disques dont il parle sur sa platine pour s'envoyer encore un peu plus en l'air tellement son art du récit est confondant. » Siné, Charlie-Hebdo.

    Producteur à France Culture et France Musiques, spécialiste reconnu du jazz, Alain Gerber a publié récemment un Lester Young (qui a reçu le prix de l'Académie Charles Cros et le prix des Muses) et un Clifford Brown. Son roman Jours de brume sur les hauts plateaux paraît simultanément chez Fayard.

  • Louie

    Alain Gerber

    • Fayard
    • 21 Août 2002

    Quand même, j'aimerais bien savoir d'où je tiens cette attirance pour les pistons. peut-être ce blues à casser les carreaux que buddy bolden avait jadis joué devant moi, accompagné par jelly roll morton, dans la maison de lulu white. d'un seul coup, j'avais eu, sans bien comprendre ce qui m'arrivait, la révélation que la musique n'est pas simplement des cortèges, des zoulous, des rires, des caresses dans les coins et des noubas chez le coiffeur, mais aussi une solitude et une sorte d'attentat. du pavillon de bolden avait jailli une vérité qui faisait peur à voir, mais c'était quand même la vérité toute nue.
    Le grand armstrong raconte aussi la nouvelle-orléans, l'odeur de magnolia et le riz aux haricots rouges, les docks, le premier cornet acheté à crédit, la fanfare du foyer pour enfants. on entend satchmo rire, chanter, blaguer. il descend de scène, il vient nous serrer dans ses bras, nous confier les années de misère où il vendait du charbon à la criée. et quel diable s'est glissé dans la peau du trompettiste ? un romancier aux rythmes électrisants, « un homme, écrit siné, qui prend sa plume et la trempe dans son coeur pour parler de jazz».

  • « Le 15 janvier 1964, Weldon Leo Teagarden meurt d'une crise cardiaque dans une chambre d'hôtel de La Nouvelle-Orléans où, comme toujours, il ne faisait que passer... Personne n'était là. Personne, sinon peut-être les ombres familières engendrées par les ombres anonymes, ces ombres sans mystère qui s'allongent quand le soleil descend... » Mais avant d'en arriver là, quelle route, quelles pistes entremêlées avait-il empruntées, celui que de prestigieux musiciens, à commencer par Louis Armstrong, ont considéré comme l'un des plus singuliers trombonistes du jazz classique, voir comme le plus irremplaçable de tous ? Sa vie fut une histoire blanche cousue de fil noir, à partir du moment où, très tôt dans son enfance, dans la petite ville de western texan où il avait vu le jour, il rencontra le gospel que des nomades de la misère et de la foi, éternelles « personnes déplacées » par leur négritude, promenaient de campement en campement. Plus tard, quelque part du côté de Houston, ce serait le blues qu'il trouverait sur sa route. Le blues sous la forme, raconte Alain Gerber, d'une « ombre bleue qui s'échappe d'une Bessie Smith égorgée du dedans par sa chanson ». Après quoi, « Mr T », comme on le surnommait, fut à jamais un transfuge béatement égaré entre les couleurs de peau, les communautés, les styles de jazz, la tradition et le futurisme. Ecartelé, aussi, entre les rodomontades et les renoncements, l'angoisse et la frivolité, entre les défis et les dérobades, une formidable propension à la nonchalance et de formidables aptitudes à se surpasser. Jusqu'au jour où, pour citer encore l'auteur de cet ouvrage, il rejoindra « l'ombre que fait le silence quand il retombe ».

    « Si Alain Gerber est aujourd'hui notre plus précieux conteur de jazz, c'est parce qu'il sait faire vivre tous ces jeux d'ombres et de lumières qui font la vie des musiciens-poètes. Lui aussi est un faiseur de pluie d'étoiles sur l'Alabama. » Gilles Anquetil

  • Ce roman est bâti autour du personnage de la plus grande chanteuse de l'histoire de la musique afro-américaine au XXe siècle. Comme dans Louie, Chet et Charlie, l'histoire que raconte Alain Gerber s'inspire d'événements réels, librement interprétés et mis en scène : c'est-à-dire filtrés par l'imagination et composés entre eux en fonction d'un projet littéraire qui ne vise pas en priorité la reconstitution des faits, d'ailleurs incertains dans bien des cas. Francis Marmande a écrit : « Le mensonge, c'est la vérité du menteur : la fiction, c'est la vérité de l'auteur ». On ne saurait mieux dire, ni tant de choses, avec si peu de mots.

  • Balades en jazz

    Alain Gerber

    Alain Gerber connaît tout du jazz. Ce qui ne lui suffit pas. Il vit en lui, à moins que le jazz ne vive en Gerber. Certains des héros de cette musique née de l'Amérique africaine traversent ces pages inspirées et rythmées : Chet Baker, Miles, Charlie Parker, Stan Getz, Dizzy, Kenny Clarke, Jack Teagarden, Art Blakey...

empty