Adeline Baldacchino

  • Le testament du banquier anarchiste Le poète portugais Fernando Pessoa publiait en 1922 Le Banquier anarchiste. La question que tentait de résoudre son personnage reste ouverte : comment être libre sans être cynique ? La véritable liberté ne s'obtient-elle qu'au prix de l'individualisme, qui permettrait seul d'échapper aux « fictions sociales » - l'argent, la morale, l'esprit grégaire ? Tout projet de société émancipée est-il voué à l'échec ? Un siècle plus tard, deux lecteurs de Pessoa, Adeline et Edouard, font la rencontre fortuite à Paris d'un vieillard qui prétend être le fameux banquier du dialogue entamé avec l'auteur du Livre de l'intranquillité. Tout en cherchant à percer le mystère de sa longévité, ils le prennent au mot et renouent le fil de la discussion en passant un pacte : pendant sept jours, ils ont le droit de lui poser toutes les questions et de lui opposer tous les arguments qui leur viennent à l'esprit. Peu à peu, ils se font ainsi dépositaires d'un « testament » du banquier anarchiste qui témoigne de son évolution imprévue vers un anarchisme social nourri par son expérience des tragédies du XXe siècle, sa découverte de l'amour comme antidote au désespoir et ses rencontres avec des personnages tels que Makhno ou Orwell. Cette fiction peut se lire à la fois comme une introduction aux grands principes de l'anarchisme et comme une méditation poétique sur la liberté et la dignité.

  • Houdini était le plus grand des magiciens : il s'échappait de toutes les cellules, camisoles de force et autres menottes. En temps de crise qui vire à la détresse, c'est sa leçon qu'il faut entendre, celle qui nous rappelle la possibilité d'échapper, avec les armes conjointes de la raison et de l'imaginaire, au terrible refrain « There is no alternative ».

    Si notre jeune président semble accomplir sa destinée de dernier « roi des énarques », c'est peut-être parce qu'il n'y a pas de sauveur qui tienne, ni d'énarque parfait. Contre les partisans d'une vision économique et procédurale de la société, l'avenir ne serait-il pas aux magiciens et aux poètes ?

    Un autre monde peut s'inventer ici et maintenant. Les antidotes existent au coeur même du système, dans ces îlots de convivialité et de solidarité où l'on repense déjà le rôle de l'État et de la culture, les formes de la démocratie, le sens du service public et de la gratuité, loin du seul culte de la performance.

    Le principe d'Houdini affirme que la magie peut être faite par tous, et pour tous, à condition de dévoiler ses secrets. Ni poudre aux yeux ni manipulation, elle est une manière de faire advenir ce que l'on croyait impossible. Ni élitiste ni réservée à quelques-uns, elle ressuscite les pouvoirs de la jubilation et du partage, valeurs politiques par excellence.

    Ce livre se veut éloge de l'escapologie : l'art d'échapper aux injonctions mortifères et aux alternatives binaires, pour redonner enfin toute sa place à l'imaginaire - et à l'action.

  • Celui qui disait non

    Adeline Baldacchino

    • Fayard
    • 10 Janvier 2018

    Quand August et Irma comprennent que la politique rattrape toujours ceux qui s'en défendent, il est déjà trop tard pour survivre, mais encore temps de mourir libres. Le 13 juin 1936, un homme perdu dans la foule, sur le quai d'un chantier naval de Hambourg, refuse de saluer Hitler. Le 28 avril 1942, une femme fait partie du premier convoi des gazées de Ravensbrück. Ou comment une histoire d'amour devient une histoire d'insoumission.
    Ce roman est leur tombeau, dédié aux vivants qui voudraient se souvenir de l'avenir.

  • Poète, romancier, essayiste, critique littéraire, musical, historien de l'art, ethnologue, homme de radio et de télévision, Max-Pol Fouchet vécut en Algérie de 1923 à 1945, où il publia ses premiers recueils de poèmes, avant de fonder en 1939 à Alger la revue Fontaine qui devint pendant l'Occupation la « revue de la Résistance en pleine lumière ». Ami d'enfance puis rival de Camus qui lui vola sa « fiancée », une jeune femme belle, passionnante et droguée, dont Camus divorcera 2 ans après... Fouchet ne s'en remettra jamais et se verra toujours comme une sorte de « jumeau raté » du Camus qu'il admirait.

    « Professeur d'enthousiasme », humaniste et homme de communication, sa grande popularité lui vint de la télévision pour laquelle il créa des émissions comme « Le Fil de la vie », les célèbres « Lectures pour tous » avec Pierre Desgraupes, Pierre Dumayet et Nicole Védrès, ou encore « Terre des arts », « Les Impressionnistes»...

  • Ne rien entendre, ne rien dire, ne rien voir...L'énarque est bien obligé de le reconnaître, il obéit depuis trop longtemps au principe des trois petits singes.Soixante-dix ans après sa création en 1945, l'École nationale d'administration - parce qu'elle incite à escamoter les problèmes plus qu'à les résoudre, à fuir la pensée critique plus qu'à confronter pensée politique et action publique, à séduire plus qu'à convaincre -, ne répond plus à sa vocation initiale: "développer le sentiment des hauts devoirs que la fonction publique entraîne et les moyens de les bien remplir".
    Adeline Baldacchino, 33 ans, issue de la promotion 2007-2009 de l'ENA, passionnée de littérature et de poésie, propose un plaidoyer pour une autre école, qui redeviendrait plus soucieuse de l'invention des possibles et moins adepte de l'étrange devise PDVMVPDV, "pas de vagues, mon vieux, pas de vagues".La Ferme des énarques a-t-elle encore une chance de mieux finir que celle des animaux de George Orwell? Peut-être, à condition d'inciter ses habitants à combler l'écart entre le discours et le réel, en leur offrant les moyens de savoir, de penser et d'agir - tout en n'oubliant jamais que l'un ne peut aller sans les autres.Préparer la révolte salvatrice plutôt que de subir la révolution coupeuse de têtes; réformer en profondeur plutôt que de supprimer brutalement; mais surtout choisir entre aveuglement et lucidité, naufrage et sursaut...Voici le programme que l'auteure nous suggère avec verve, en convoquant au passage un original bestiaire de l'impatience, anguilles et méduses, albatros et abeilles, perroquets et escargots, tous unis sous la même bannière: pour la liberté de servir sans s'asservir.

  • La quête poétique ne serait-elle qu'une autre manière de pratiquer l'étonnement philosophique ? Deux voies pour une même aventure, celle qui permet de contourner le gouffre, de se vouloir plus intensément vivant. Jouer avec les mots, forger des concepts, c'est toujours écrire pour échapper au vertige d'exister. Michel Onfray, infatigable pédagogue, philosophe engagé de l'Université populaire, chantre du " jouir et faire jouir ", est aussi poète, et il construit un autre plan de son oeuvre, loin de la polémique et des médias.
    Cette facette, moins connue du grand public, est pourtant révélatrice. Loin de constituer un aspect marginal, elle s'inscrit au coeur d'un projet philosophique qui accorde toute sa place à l'intuition, aux concordances de l'âme et du corps, sans jamais renoncer pour autant à croire aux pouvoirs de la raison. De cette approche inédite de son oeuvre, Michel Onfray ressort en fils de Bachelard, un grand interprète des intuitions poétiques dont les mots expriment toute la chair du monde.

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