Nos romans coup de coeur

  • L'anomalie

    Hervé Le Tellier

    10 mars 2021. Les 243 passagers d'un vol au départ de Paris, marqué par de violentes turbulences, atterrissent à New York. Parmi eux : Blake, tueur à gages ; Lucie et André, couple français au bord de la rupture ; Slimboy, chanteur nigérian homosexuel ; Joanna, avocate américaine ; ou encore Victor Miesel, écrivain sans succès, qui se donne la mort après avoir écrit en quelques jours un livre aussitôt propulsé en tête des ventes... Trois mois plus tard, contre toute logique, un avion en tous points identique, avec à son bord le même équipage et les mêmes passagers, surgit dans le ciel au-dessus de New York. S'ensuivra une crise politique, médiatique et scientifique sans précédent, au coeur de laquelle chacun de ces personnages ou presque se retrouvera face à une autre version de lui-même... Avec cette variation spirituelle et virtuose sur le thème du double, qui nous transporte des faubourgs de Lagos et de Mumbai à la Maison Blanche, Hervé Le Tellier signe son roman le plus ambitieux.

  • La France est noyée sous une tempête diluvienne qui lui donne des airs, en ce dernier jour de 1999, de fin du monde. Alexandre, reclus dans sa ferme du Lot où il a grandi avec ses trois soeurs, semble redouter davantage l'arrivée des gendarmes. Seul dans la nuit noire, il va revivre la fin d'un autre monde, les derniers jours de cette vie paysanne et en retrait qui lui paraissait immuable enfant. Entre l'homme et la nature, la relation n'a cessé de se tendre.
    A qui la faute ? Dans ce grand roman de "la nature humaine" , Serge Joncour orchestre presque trente ans d'histoire nationale où se répondent jusqu'au vertige les progrès, les luttes, la vie politique et les catastrophes successives qui ont jalonné la fin du XXe siècle, percutant de plein fouet une famille française. En offrant à notre monde contemporain la radiographie complexe de son enfance, il nous instruit magnifiquement sur notre humanité en péril.
    A moins que la nature ne vienne reprendre certains de ses droits...

  • Il ne reste presque plus rien à La Bassée : un bourg et quelques hameaux, dont celui qu'occupent Bergogne, sa femme Marion et leur fille Ida, ainsi qu'une voisine, Christine, une artiste installée ici depuis des années.
    On s'active, on se prépare pour l'anniversaire de Marion, dont on va fêter les quarante ans. Mais alors que la fête se profile, des inconnus rôdent autour du hameau.

  • Fille

    Camille Laurens

    Laurence Barraqué est née en 1959 dans une famille de la petite bourgeoisie de Rouen. Son père est médecin et sa mère femme au foyer. Très tôt elle comprend, à travers le langage et l'éducation de ses parents, que la position des filles est inférieure à celles des garçons. Cette expérience se prolonge à l'école, au cours de danse, à la bibliothèque municipale, partout où le langage impose la position dominante du genre masculin : « Garce. Le mot revient et la hante. C'est une injure. Mais n'est-ce pas d'abord le féminin de garçon ? Tout ce qui est féminin déçoit, déchoit, elle le sait désormais. Garçon, c'est un constat. Garce, c'est un jugement. Le mot, en changeant de genre, devient mauvais. Mais il a des pouvoirs. » Dans ce roman d'une puissance exceptionnelle, Camille Laurens déploie le destin d'une femme confrontée aux mutations de la société française de ces quarante dernières années. La narratrice emporte dans sa voix les grandes problématiques de l'éducation des femmes, de la domination masculine et de la transmission des valeurs féministes aux jeunes générations. Le parcours de Laurence Barraqué se fait la chambre d'échos de toutes celles qui furent élevées dans l'idée d'une supériorité des hommes. L'auteur saisit avec acuité les moments charnières de l'enfance au cours desquels se joue l'adulte que l'on va devenir. L'écriture de Camille Laurens atteint ici une maitrise remarquable, qui restitue les grandes embardées de la vie tout en faisant résonner la petite musique des mots.

  • Hollywood, 1953. L'industrie cinématographique est un gâteau fourré à l'arsenic que se disputent la mafia, l'armée et les ligues de vertu catholiques. Dans ce marécage moral et politique, ne survivent que les âmes prêtes à tout. Le producteur raté Larkin Moffat est de ceux-là. Abonné aux tournages de séries B, il fait vivoter les crève-la-faim du cinéma et enrage contre ce système qui l'exclue. Jusqu'au jour où il se voit proposer la chance de sa vie. Dans cette combine dangereuse vont graviter autour de lui le major Buckman, parieur et coureur invétéré, le très ambivalent père Santino Starace, l'impresario et proxénète Johnny Stompanato. Tous vont croiser leurs destins, multiplier les manoeuvres et les crimes dans ce grand cirque du cinéma américain. Alors que défilent les Errol Flynn, Clark Gable, Hedy Lamarr et autres Frank Sinatra, ce petit monde sans scrupule va s'adonner à ce qu'il sait faire de mieux?: manipuler les masses et veiller à son profit.

  • Le fils, c'est André. Le père, c'est l'Absent. La mère, c'est Gabrielle. Mais André est élevé par Hélène, la soeur de Gabrielle, et son mari. Il grandit au milieu de ses cousines.
    Chaque été, il retrouve sa mère biologique qui vient passer ses vacances en famille.
    De Saint-Céré dans le Lot en passant par Chanterelle et Aurillac jusqu'à Paris, Marie-Hélène Lafon nous transporte à nouveau au coeur d'une famille. Elle décrypte aussi bien ses bonheurs ordinaires que le poids du manque le plus profond, celui qui creuse des galeries dans les vies, sous les silences.
    André n'a de cesse de mendier le père, de cerner les contours de son absence, d'attendre, de guetter, de laisser le temps s'étirer, de se cogner à l'urgence, de composer un portrait en indices et de comprendre en creux qui il a été : un avare du coeur, plein de lui-même, pétri de morgue, étroit, mesquin, beau et aimé par les femmes.
    Avec ce nouveau texte, l'auteure confirme la place si particulière qu'elle occupe aujourd'hui dans le paysage de la littérature française. Toujours aussi puissante, son écriture reste limpide et fluide.

  • L'autre Rimbaud

    David Le Bailly

    Une révélation sur l'un des plus grands mythes de la littérature française Un roman singulier où la fiction se mêle à l'enquête.
    La photo est célèbre. Celle d'un premier communiant, cheveux ramenés sur le côté, regard qui défie l'objectif. Ce garçon-là s'appelle Arthur Rimbaud. Ce qu'on ignore, c'est que, sur la photo d'origine, pose à côté de lui son frère aîné, Frédéric.
    Cet autre Rimbaud a été volontairement rayé de l'image, comme il a été oublié par les plus grands spécialistes du poète. Pourtant, les deux frères furent d'abord fusionnels, compagnons d'ennui dans leurs Ardennes natales, auprès d'une mère acariâtre abandonnée par son mari. Puis leurs chemins se sont séparés. L'un a été élevé au rang de génie, tandis que l'autre, conducteur de calèche vu comme un raté, fut ostracisé par sa famille, gommé de la correspondance d'Arthur et dépossédé des droits sur son oeuvre.
    Alors qu'on croyait tout savoir de la famille Rimbaud, il restait donc ce secret, que David Le Bailly nous dévoile dans un livre unique, jonglant entre enquête et roman. Durant plusieurs mois, il s'est plongé dans les archives, a arpenté les rues de Charleville et les paysages sans relief du sud des Ardennes, retrouvant même les rares descendants de Frédéric Rimbaud. Entre les pages, l'auteur vient habilement glisser sa voix de fils unique pour s'interroger sur la complexité des rapports familiaux.

  • « Il marche, Walker. C'est son nom et sa nature ».

    Jeune soldat canadien de retour des champs de bataille de la Seconde Guerre mondiale, Walker s'installe à New York en 1946. Hanté par la violence des combats, il peine à trouver sa place dans une Amérique où l'argent et la corruption règnent désormais en maîtres.

    Il se lance alors dans une odyssée qui le conduit à San Francisco puis Los Angeles, tente de gagner sa vie en travaillant dans la presse et côtoie le monde du cinéma et du film noir qui le fascine. Mais point de salut pour cette âme perdue, condamnée à errer dans un décor qui n'est autre que le reflet de son chaos intime.

    Road novel en forme de poème épique aux images puissantes, Walker est une évocation en noir et blanc de l'Amérique de l'après-guerre, une sublime parabole sur la nature du Mal.

  • «J'avais du mal à écrire ; je tournais en rond. Mes personnages me procuraient un vertige d'ennui. J'ai pensé que n'importe quel récit réel aurait plus d'intérêt. Je pouvais descendre dans la rue, arrêter la première personne venue, lui demander de m'offrir quelques éléments biographiques, et j'étais à peu près certain que cela me motiverait davantage qu'une nouvelle invention. C'est ainsi que les choses ont commencé. Je me suis vraiment dit : tu descends dans la rue, tu abordes la première personne que tu vois, et elle sera le sujet de ton livre.»

  • Une rose seule

    Muriel Barbery

    Alors qu'elle a traversé la planète pour rejoindre le Japon, une femme franchit la cloison de verre de l'altérité et entre peu à peu dans l'agencement esthétique et spirituel des jardins et des temples de Kyôto. Jour après jour, guidée par celui qui fut l'assistant de son père disparu, ces promenades sont en elle autant de motifs à résonances, chambres d'échos, révélations minuscules puis essentielles de sa personnalité.  Ce roman des origines est un voyage, une géographie secrète, en même temps qu'une transposition poétique de l'énigme du sentiment amoureux.

  • Liv Maria

    Julia Kerninon

    Une exploration éblouissante des sentiments au féminin, des jeux entre l'apparence et la vérité Son nom est Liv Maria Christensen. Enfant solitaire née sur une île bretonne, entre une mère tenancière de café et un père marin norvégien. Envoyée subitement à Berlin à l'âge de 17 ans, elle tombe amoureuse de son professeur d'anglais. Le temps d'un été, elle apprend tout. Le plaisir des corps, l'intensité des échanges. Mais, à peine sortie de l'adolescence, elle a déjà perdu tous ses repères. Ses parents décèdent dans un accident, la voilà orpheline. Et le professeur d'été n'était peut-être qu'un mirage. Alors, Liv Maria s'invente pendant des années une existence libre en Amérique latine. Puis, par la grâce d'un nouvel amour, elle s'ancre dans une histoire de famille paisible, en Irlande. Deux fils viennent au monde. Mais Liv Maria reste une femme insaisissable, même pour ses proches. Comment se tenir là, dans cette vie, avec le souvenir de toutes celles d'avant ?
    Julia Kerninon brosse le portrait éblouissant d'une femme marquée à vif par un secret inavouable. Et explore avec une grande justesse les détours de l'intime, les jeux de l'apparence et de la vérité.

  • Paula ou personne

    Patrick Lapeyre

    Jean Cosmo retrouve par hasard, lors d'un mariage auquel ni l'un ni l'autre ne tenaient vraiment à assister, Paula Couturier, une amie de jeunesse, soeur d'un de ses premiers amours. « C'est l'innocence du hasard, écrit le narrateur, qui donne à une rencontre son caractère fatal et stupéfiant. » Ils attendront leur cinquième rendez-vous pour vivre une passion amoureuse dont la fièvre érotique leur communique un merveilleux sentiment d'exister. Paula est mariée avec un homme malheureux mais prodigue. Elle connaît une vie facile et bourgeoise dans les beaux quartiers de Paris. Catholique, elle se partage entre son mari, le catéchisme aux enfants, ses cours dans une institution privée, et la découverte bruyante du plaisir et de l'orgasme avec son amant. Cosmo est célibataire, il travaille de nuit au tri postal de Montreuil. Il doit composer avec des cadences infernales, un petit salaire, des collègues difficiles, souvent paumés, une certaine Mylène Cachet qui le poursuit de ses « assiduités pitoyables », une chef de service exécrable, une bande de syndicalistes hypocrites, aux discours creux d'une époque antédiluvienne. Et une soeur, Fabienne, amoureuse éplorée d'un jeune musulman flambeur, que Cosmo tente en vain de consoler à coup de citations de Freud.
    Mais Cosmo a un secret. Il est passionné de philosophie, et plus particulièrement de Martin Heidegger depuis que son professeur de lycée lui a transmis sa passion. Cosmo est postier philosophe comme d'autres sont peintres du dimanche. D'une façon loufoque et tendre, il voudra peu à peu initier Paula à l'énigme de la présence, la problématique heideggerienne de l'Être et de l'existence, tout en se livrant avec elle à des ébats sexuels intenses et répétés. C'est irrésistible et joyeux. Mais le fait d'être amoureux suffira-t-il à leur bonheur comme ils semblent prêts à le croire ? Patrick Lapeyre raconte avec humour et gravité comment la passion s'affirme de façon absurde mais inéluctable dans l'impossibilité d'aimer. « On a fait un drôle de chemin pour se rencontrer », dit Paula, tandis que leur amour les entraîne sur un chemin encore plus insolite et risqué. Paula n'est pas certaine de pouvoir conjuguer comme Cosmo fièvre érotique et fièvre philosophique. Cosmo, tout à sa quête de la présence des choses, va progressivement éprouver « un étrange sentiment de vulnérabilité. » L'ombre grignote leur « très grand bonheur » : attentats terroristes à Paris, suicide d'un collègue postier, accident tragique d'Alicia, la soeur de Paula. Les amants adultères finiront par être dénoncés. Paula se sentira étouffer dans sa double vie, et reprochera à Cosmo « de faire du sexe l'alpha et l'oméga de l'existence ». Ils n'auront jamais été aussi certains d'être aimés qu'au moment où ils devront se séparer. Cosmo passera de l'intensité de la présence à l'effacement. Il disparaîtra.

  • Sensible, rêveur, Célian ne s'épanouit pas à l'école. Sa mère Mary, à la suite d'une rupture amoureuse, décide de partir avec lui dans une île légendaire de la mer Baltique. C'est là en effet qu'à la Renaissance, Tycho Brahe - astronome dont l'étrange destinée aurait inspiré Hamlet - imagina un observatoire prodigieux depuis lequel il redessina entièrement la carte du Ciel.

    En parcourant les forêts et les rivages de cette île préservée où seuls le soleil et la lune semblent diviser le temps, Mary et Célian découvrent un monde sauvage au contact duquel s'effacent peu à peu leurs blessures.

    Porté par une écriture délicate, sensuelle, ce premier roman est une ode à la beauté du cosmos et de la nature. L'Enfant céleste évoque aussi la tendresse inconditionnelle d'une mère pour son fils, personnage d'une grande pureté qui donne toute sa lumière au roman.

  • Betty

    Tiffany Mcdaniel

    «Ce livre est à la fois une danse, un chant et un éclat de lune, mais par-dessus tout, l'histoire qu'il raconte est, et restera à jamais, celle de la Petite Indienne.».
    La Petite Indienne, c'est Betty Carpenter, née dans une baignoire, sixième de huit enfants.
    Sa famille vit en marge de la société car, si sa mère est blanche, son père est cherokee.
    Lorsque les Carpenter s'installent dans la petite ville de Breathed, après des années d'errance, le paysage luxuriant de l'Ohio semble leur apporter la paix. Avec ses frères et soeurs, Betty grandit bercée par la magie immémoriale des histoires de son père. Mais les plus noirs secrets de la famille se dévoilent peu à peu. Pour affronter le monde des adultes, Betty puise son courage dans l'écriture : elle confie sa douleur à des pages qu'elle enfouit sous terre au fil des années. Pour qu'un jour, toutes ces histoires n'en forment plus qu'une, qu'elle pourra enfin révéler.
    Betty raconte les mystères de l'enfance et la perte de l'innocence. À travers la voix de sa jeune narratrice, Tiffany McDaniel chante le pouvoir réparateur des mots et donne naissance à une héroïne universelle.

  • C'est l'histoire d'un père qui élève seul ses deux fils. Une histoire d'amour. Les années passent et les enfants grandissent. Ils choisissent ce qui a de l'importance à leurs yeux, ceux qu'ils sont en train de devenir. Ils agissent comme des hommes. Et pourtant, ce ne sont encore que des gosses. C'est une histoire de famille et de convictions, de choix et de sentiments ébranlés, une plongée dans le coeur de trois hommes.
    Laurent Petitmangin, dans ce premier roman fulgurant, dénoue avec une sensibilité et une finesse infinies le fil des destinées d'hommes en devenir.

  • La brume des Vosges cache bien des secrets. Bertille le sait : elle les a fuis. Retranche´e a` Paris dans une vie solitaire, la jeune femme a enterre´ ses souvenirs. Jusqu'au jour ou` sa vie bascule. Quelques pages trouve´es dans le cabas d'un vieil homme la re´veillent d'un coup : il s'agit d'une confession, e´crite par un certain Victor Kessler. Car le 17 novembre 1973, quarante-cinq ans plus to^t, le corps d'un enfant de dix ans a e´te´ repe^che´ dans un lac pre`s de Saintes-Fosses. L'instituteur du village est le coupable ide´al : Victor Kessler, lui-me^me.
    Fascine´e par l'affaire, pousse´e par Victor, Bertille part en que^te de la ve´rite´. Mais, a` la recherche des de´mons du vieil homme, ne finira-t-elle pas par croiser les siens, enfouis dans les fore^ts vosgiennes ? Et toujours cette me^me question : parler ou se taire ?

  • City of windows

    Robert Pobi

    Tempête de neige à New York : un agent du FBI est tué par un sniper. Incapables de comprendre d'où le tir est parti, les enquêteurs se tournent vers le seul homme qui puisse résoudre l'énigme, Lucas Page. Ce professeur d'astrophysique, Asperger de haut niveau, a quitté le FBI dix ans plus tôt, gravement blessé. Mais son talent surnaturel pour décrypter les scènes de crime est intact. Il se lance dans l'enquête alors que le serial sniper frappe et frappe encore...
    Le diabolique Robert Pobi, au meilleur de sa forme, signe un polar addictif et époustouflant de suspense. Lucas Page entre d'emblée dans le cercle des enquêteurs de légende.

  • Septembre 1884. Nézida est revenue à la Calade, dans ce hameau perché au-dessus de la vallée de Dieulefit, aux confins de la Provence et du Dauphiné.
    Elle vient d'accoucher de son premier enfant, une fille. La vie aurait dû s'épanouir, elle la quitte, et la mort menace déjà l'enfant dans les langes.
    La bise noire souffle sur ce coin de terre aride où s'accrochent depuis des siècles des familles de paysans et de manufacturiers protestants. Dans le silence épais des dernières heures, autour de la jeune femme très faible, se mettent à se souvenir et à parler tous ceux qui l'ont aimée, qui l'ont connue, sa mère, ses frères, sa belle-mère, les Soubeyran, Antonin son mari, son instituteur, et ses deux amies... À tous elle a imprimé la marque de la liberté, de la passion et de l'indépendance. Elle avait réussi à s'instruire et à enseigner, à quitter la ferme et ses travaux, elle avait attendu l'homme qui lui plaisait pour se marier, et choisi de vivre à la ville. Elle savait enfin qu'elle s'inscrirait dans une école pour devenir l'une des premières infirmières...
    Rien n'aurait dû l'arrêter dans son émancipation.
    Nézida est l'histoire de la jeune femme au prénom unique, née Cordeil, épouse Soubeyran. Elle a existé. Valérie Paturaud a retrouvé sa trace ténue, presque effacée, dans des archives familiales. Le roman toujours répare l'oubli, et l'injustice de l'oubli.

  • Trencadis

    Caroline Deyns

    "Je montrerai tout. Mon coeur, mes émotions. Vert - rouge - jaune - bleu - violet. Haine -amour - rire - peur - tendresse". Niki hait l'arête, la ligne droite, la symétrie. A l'inverse, l'ondulation, la courbe, le rond ont le pouvoir de déliter la moindre de ses tensions. Délayer les amertumes, délier les pliures : un langage architectural qui parlerait la langue des berceuses. Aussi vit-elle sa visite au parc Güell comme une véritable épiphanie.
    Tout ici la transporte, des vagues pierrées à leur miroitement singulier. Trencadis est le mot qu'elle retient : une mosaïque d'éclats de céramique et de verre. De la vieille vaisselle cassée recyclée pour faire simple. Si je comprends bien, se dit-elle, le trencadis est un cheminement bref de la dislocation vers la reconstruction. Concasser l'unique pour épanouir le composite. Broyer le figé pour enfanter le mouvement.
    Briser le quotidien pour inventer le féérique. Elle rit : ce devrait être presque un art de vie, non ? "J'aime l'imaginaire comme un moine peut aimer Dieu".

  • Le silence des vaincues

    Pat Barker

    La guerre de Troie, mythe fondateur de toute la littérature européenne, commence par la banale histoire d'une reine enlevée à son époux par un autre homme. Mais, prisonnière du camp grec, une autre reine observe le destin du monde se jouer sous ses yeux : Briséis, la captive d'Achille, par qui la guerre basculera. Presque 3 000 ans plus tard, il est temps d'entendre sa voix - et à travers elle, peut-être, celle de toutes les femmes laissées muettes par l'Histoire et la littérature.

  • Face au mal qui se propage et qui a tué sa fille.
    Pour les millions de victimes passées et les millions de victimes à venir.
    Virgil Solal entre en guerre, seul, contre des géants.

  • Fin de saison

    Thomas Vinau

    Qu'est-ce qu'un catakit ? Quelle est la différence entre un bon vivant et un bon survivant ? Peut-on s'hydrater avec de l'eau de vie ? Quelles est la valeur nutritionnelle d'un rêve ? Peut-on se sauver en se sauvant ? Les lapins sentent-ils venir la mort ? Autant de questions que Victor, père de famille et gentil looser, ne s'set jamais posées... jusqu'au jour où il se retrouve enfermé dans sa cave avec un chien et un lapin pendant que le monde s'écroule. Survivaliste pathétique, cet anti-héros ironique et incisif dit, sur un mode burlesque, quelque chose de nos aspirations et de nos échecs.

  • « Elles étaient au nombre de douze. Douze méduses qui plongèrent parmi les bulles éclairées au néon dans l'aquarium. Leurs tentacules flottant comme des fourreaux de fantômes ».

    Dans les rues serpentines du Vieux-Nice, Rosa déambule au bras de son fils, Lino. Ensemble ils rêvent de posséder un hôtel dans lequel un immense aquarium accueillerait des méduses. A peine dix-neuf ans d'écart, ils forment un duo inséparable. Jusqu'au jour où Lino est arrêté et emprisonné pour le meurtre d'un enfant.
    Pour Rosa, l'innocence de son fils est incontestable. Dans un ballet d'images charnelles, poétiques, la mater dolorosa se lance dans une quête sublime et dévorante. Mais jusqu'où l'amour maternel peut-il conduire ?

  • Lola vit en Bretagne au-dessus du bureau de poste où elle travaille. Elle est jolie, sage et boiteuse. Elle ne désire rien et se dit comblée par son jardin. Dans son portefeuille, on ne trouve que des photos de son potager et, dans sa chambre, face au grand lit où elle s'interdit de rêver, trône une armoire de noces pleine des coeurs de ses ancêtres. Dans la région d'Espagne où sont nées ses aïeules, quand une femme sent la mort venir, elle brode un coussin en forme de coeur qu'elle bourre de bouts de papier sur lesquels sont écrits ses secrets... À sa mort, sa fille ainée en hérite avec l'interdiction absolue de l'ouvrir. Des coeurs de femmes battent dans la vieille armoire de Lola. Ils racontent une histoire qui a commencé en Andalousie, il y a plus d'un siècle. Lola se demande si elle est faite de cette histoire familiale qu'elle ignore, si le sang des fables coule de génération en génération, s'il l'irrigue de terreurs et de peines qui ne lui appartiennent pas, mais agitent ses profondeurs. Sommes-nous écrits par ceux qui nous ont précédés ? Il faudrait ouvrir ces coeurs pour le savoir... Un jour, l'un des coeurs éclate, libérant les secrets de son aïeule Inès Dolorès, ainsi qu'un plus petit coeur rempli de graines, d'où naîtront des roses au parfum envoûtant qui envahiront le jardin. Saura-t-elle se laisser porter par son désir, s'affranchir de la voix de son père qui lui a prédit un destin de solitude ? Carole Martinez, formidable conteuse, habite ses récits comme personne. Elle libère ses personnages, morts et vivants, et nous embarque à leur suite dans un monde épineux et baroque où le merveilleux côtoie le réel et où poussent des roses fauves.

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